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Ironie

1787,

La lune transperce de clarté le ciel obscurci par la nuit tombée dans la vallée. Dans cette vallée, se dresse une colline sur laquelle figure un manoir, fier et solide malgré les âges et le temps. De mémoire d’homme, il fût toujours là. La famille de seigneurs régnant dessus, et sur les contrées aux alentours, se targuant d’avoir toujours eu en sa possession cette forteresse. Celle-ci était bardée encore de remparts, ce qui était rare et exceptionnel pour l’époque. Les tours se dressaient suffisamment haut pour permettre à quiconque tenterait l’escalade d’observer de ses yeux toute l’étendue du paysage aux alentours. De murs imposants permettaient de faire tenir tout cet ensemble cohérent de poutres, de pierres, et de fenêtres plus ou moins ornés de carreaux colorés, mais dont le teint avait faibli sous l’érosion des siècles.
Le contour des remparts ne laissait pourtant en leur intérieur guère d’habitations ou de bâti hormis quelques granges, une écurie, une forêt, petite mais suffisamment dense pour s’interroger sur ce qu’elle contenait. Les remparts s’arrêtent brusquement aux abords d’un petit lac, qui borde la forêt et qui s’enfonce profondément dans les terres aux loin du pays profond. Le rayonnement de la lune donnant un effet de clarté féérique à cette étendue d’eau calme que personne ne saurait troubler en pleine nuit.
Tout ceci était parfaitement perceptible par la prisonnière du Donjon. Celle-ci observait, dans le silence de la nuit, tout ce spectacle comme s’il s’agissait de sa dernière nuit en ce monde. En fait, il se pourrait qu’il en soit ainsi. Ses cheveux blonds argentés réfléchissaient dans la clarté de la lune. Ses yeux bleu clair ne pouvaient cependant pas masquer ses paupières creusées par des jours et des nuits passés à subir les pires tourments. La jeune fille, qui ne devait pas avoir plus de 18 ans avait décidé de se dresser contre l’autorité féodale et l’obscurantisme religieux qui régnait en son temps. Ne disait-on pas que depuis Paris, de nouveaux idéaux voyaient le jour ? Que l’on se mettait à rêver de plus en plus d’un monde plus libre, plus égalitaire ou les hommes seraient tous frères ? La jeune fille crue en ces idéaux, et a pour cela décidé d’user de tous les moyens possibles pour parvenir à ses fins.
Elle refit le point dans sa tête. Il y eu d’abord la fuite de sa demeure, un père travailleur et fidèle mais alcoolique et colérique, une mère dévouée mais opiniâtre ne l’ont guère poussé à rester dans le foyer familial. Très tôt attirée par les images, les contes et les fables que le prêtre racontait dans ce qui dans ce temps-là, servait d’école, elle décida de mettre à profit cet intérêt pour la connaissance au service de ses idéaux.
La lune était vraiment si belle. Une larme coula sur sa joue, qu’elle essuya vivement d’un coup sec avec l’un des lambeaux qui lui servait de vêtement. Elle se souvint ensuite de sa traversée en forêt. Comment elle avait dû se nourrir de feuilles mortes, de baies peu comestibles et d’eau de pluie pour s’avancer aussi loin qu’elle le pouvait pour atteindre son but. Elle le trouva enfin, extenuée, à moitié mourante, de toutes les maladies accumulées pendant son voyage peu sensé.
Une cabane, voire une bicoque, tout ce qu’il y’a de plus dérisoire. Pourtant la personne qui s’y trouvait aurait mérité tout sauf ce qualificatif. Il s’agissait de la Guérisseuse du village. Une sorcière. Ce type de pratique étant profondément interdit, la vieille femme avait trouvé refuge dans la forêt ou elle recevait clandestinement des paysans, des femmes enceintes ou malades en tout genre qui, n’ayant pas les moyens de se payer un médecin, préféraient recourir à des pratiques plus obscures. La jeune fille se souvient du sentiment d’un immense soulagement, mais également d’une aussi grande fatigue. Quand elle se réveilla, la guérisseuse lui demanda la raison de sa venue. La jeune fille expliqua aussitôt « Je souhaite faire tomber l’héritier du Manoir amoureux de moi. Ainsi je pourrais régner et imposer une politique plus juste pour tous les habitants de cette contrée ! ». La guérisseuse fût impressionnée par l’aplomb de la jeune fille. Elle lui fournit ce dont elle avait besoin à une condition : « Une fois que le jeune Prince aura bu, tu devras prononcer la formule à voix haute. Le filtre ne fera effet qu’une heure à partir de minuit. Au-delà, il sera vain de le faire tomber amoureux de toi, il ne connaîtra que répulsion à ton égard. »
La jeune fille fut tirée de ses souvenirs par des murmures dans l’escaliers. Son heure était-elle venue ? Ou allaient-ils encore la torturer pour lui faire avouer ce dont ils étaient déjà au courant ? A savoir qu’elle était devenue une sorcière ?
Ses souvenirs remontèrent à la surface de sa conscience : Tout s’enchaina ensuite rapidement. Lorsqu’elle quitta la bicoque, elle se rendit au château, se fit passer pour une servante, s’introduisit dans les cuisines. La multiplicité des plats et la diversité des sauces, des herbes, la richesse du couvert en argent la conforta dans son idée d’œuvrer pour le bien de tous, pour la liberté, l’égalité et la fraternité. Elle versa la fiole que la guérisseuse le lui avait confié dans la coupe de vin destiné à l’hériter du manoir. Une fois parvenu jusqu’à lui, celui-ci la vida sans se douter de quoique ce soit. Rapidement dans la soirée, il la faisait appeler dans sa couche. Son plan fonctionnait à la perfection. Elle allait pouvoir le rendre fou d’elle.
La jeune fille versa une autre larme à l’idée de ce qui arrivait par la suite, pendant que les murmures dans les couloirs se faisaient de plus en plus entendre.
Se produisit alors dans la couche du jeune prince quelque chose qu’elle n’avait pas prévu. Celui-ci lui ordonna de se lever. Elle s’exécuta, de peur de susciter sa colère. Elle se retrouvait alors escortée par l'un des gardes et amenée dans une salle spéciale près des entrailles du donjon, à un étage au-dessus des cachots mais cachée par des couloirs abandonnés et vides. La salle était remplie de dispositifs de bondage spécialement conçus, des dizaines d’entre eux empilés contre les murs. Et à la satisfaction du jeune prince, rapidement la jeune fille fût liée à l'un d'entre eux, dans sa robe de nuit. À présent, elle était allongée sur une longue planche, beaucoup plus longue qu'elle. Des lanières de cuir entouraient ses poignets, ses coudes, ses genoux et ses chevilles. Ses bras étaient levés haut au-dessus de sa tête et approchaient du point de douleur jusqu'à quel point elle était forcée de s'étirer. Ses chevilles étaient enfermées dans un carcan de bois à l'extrémité de la planche et ses pieds étaient immobilisés. Ses gros orteils attachés ensemble par des ficelles, puis à travers un anneau fixé au sommet du petit carcan. Ses plantes de pieds étaient nues, extrêmement vulnérables. Le Prince la bâillonna rapidement avant même qu’elle ne puisse s’expliquer.
Elle se souvient qu’il lui dit quelque chose « Je ne vous connais pas mon amie, mais sachez que je ne saurais décrire ce que je ressens pour vous. Voyez cela comme une preuve d’amour de ma part, je n’irais pas trop loin je vous le promets. »
Le Prince brandit un pinceau. Il s’approcha des pieds de la jeune fille immobilisée et fit passer très lentement, délicatement chaque poil rigide de l’instrument sur la plante des pieds de sa victime. La réaction ne se fit point attendre. La jeune fille ayant toujours été extrêmement chatouilleuse. Elle souvint que l’on avait coutume de punir les jeunes filles de son village ainsi, elle avait toujours tout fait pour éviter un tel traitement se sachant elle-même extrêmement sensible de la voute plantaire. Ainsi, elle se mit à rire automatiquement tout en découvrant l’horreur de la situation dans laquelle elle venait de se mettre. Le prince enchaina ces longs et horribles passages. Il était au paradis et elle était en enfer. Il passa la nuit à utiliser divers instruments : brosses, plumes, autres pinceaux etc… La jeune fille était extenuée quand soudain il s’arrêta, comme s’il sortait d’une mauvaise amnésie.
« Qui êtes-vous ? » Lui demanda le prince oubliant le bâillon que portait toujours la jeune fille.
Celle-ci comprit qu’une heure après minuit était passée, et qu’elle avait échoué. A vrai dire, elle avait rapidement oublié ses idéaux sous l’effet de ses pieds titillés pendant aussi longtemps.
Il lui défit son bâillon.
« Alors ? Parle ! Pourquoi t’ai-je amené dans mon donjon personnel ? » repris le Prince.
« Je…je ne sais pas mon seigneur, je suis une simple servante et vous m’avez dit de vous suivre cette nuit. »
« Tu me mens ?! Petite trainée, tu m’as ensorcelé ou drogué pour que je ne me souvienne de rien ?! Je te demande encore une fois, qui es-tu ?! Je ne t’ai jamais vu au château auparavant ! »
« Je vous en supplie messire, je ne suis qu’une servante je travaille ici que depuis quelques jours ! Pitié ne me faites pas de mal ! »
« Très bien. Tu as sans doute raison. Il est tard et il convient de se coucher désormais. Nous règlerons cette affaire demain, et j’espère pour toi que tu ne mens pas. D’ailleurs pour m’en assurer, je connais une excellente méthode que tu ne devrais pas manquer d’adorer. »
A ces mots, il remit le bâillon sur la bouche de la jeune fille. Celle-ci hurla mais aucun son hormis quelques bruits étouffés en sorti. Son bourreau s’en alla chercher un pot rempli d’une mixture. La Jeune fille se souvient encore de l’effet du contact entre le pinceau rempli de l’humide mixture sur ses plantes de pieds. Elle hurla de plus belle à travers son chiffon. Le Prince revient avec une sorte de chariot sur lequel étaient attachés deux chats endormis côte à côte. Ceux-ci se réveillèrent dès que leur rustique véhicule se mit en mouvement. Lentement le prince approcha les deux animaux des deux pieds de la jeune fille. Celle-ci écarta les yeux d’effroi devinant le sort qui lui était promis. Puis inéluctablement, les chats se mirent à lécher la plante des pieds. C’était insoutenable. La jeune fille n’avait jamais ressenti le contact d’une langue animale sur une partie aussi sensible de son anatomie
« Je reviendrais demain matin, après une bonne nuit de sommeil, petite menteuse. En attendant, je te souhaite une bonne nuit également, en compagnie de tes nouveaux amis ! » déclara le Prince avant de claquer la porte.
Tout était alors allé très vite ensuite. La fiole qui avait servi pour le sort avait vite été retrouvée parmi ses effets. La jeune fille, accusée alors de sorcellerie, fut contrainte de s’expliquer devant le seigneur, père du prince et maître de toute la contrée. Un homme aussi austère qu’absent de ses terres, qui n’avait que peu de considération pour les adolescentes coupables de sorcellerie. Il ordonna rapidement qu’elle fût soumise au même traitement que le prince lui avait administré chaque soir jusqu’à la nuit de sa condamnation sur le bûcher.
Ce jour était arrivé. Minuit et une heure. La Jeune fille jeta un dernier regard humide sur le magnifique ciel étoiles. Les murmures s’étaient rapprochés depuis. La porte s’ouvrit avec fracas. « Viens sorcière, te voilà jugée désormais ! » lui lança l’un des gardes. Ils la trainèrent enchaînée jusqu’en dehors du château, en direction du gibet, qui se dressait un peu plus loin du manoir, non loin de la forêt.
Une petite foule s’était rassemblée, et désormais le rougeoyant des torches tranchait avec la clarté de la lune, dans le reflet du lac. Parmi les gens rassemblés, certains hurlaient des insultes, d’autres lançaient des projectiles, d’autres crachaient en direction de la jeune fille.
« Aujourd’hui Seigneur, nous t’envoyons cette pêcheresse, qui a abusé de ta confiance et de ta miséricorde, pour s’allouer avec les forces de la magie noire et de la sorcellerie. Jusqu’à en berner notre Prince hériter, et par là c’est toute notre humble communauté qui fût trompée ! Nous te l’envoyons Seigneur, car il n’y a que toi qui puisse juger d’un cas aussi grave, il n’y a que toi qui puisse encore sauver ce qu’il reste de bon chez cette catin ! »
On l’assit sur le bûcher. La jeune fille était en larme. Soudain une immense colère l’envahi. Elle avait donné sa vie, fait des efforts et pris des risques considérables pour que tout ce monde qui aujourd’hui lui crachait dessus et l’insultait, s’apprête désormais à la tuer. Elle ressenti le besoin de s’exprimer et hurla d’une voix si forte que le bâillon en fût défait « Soyez maudits ! Tous autant que vous êtes ! Oui soyez maudits ! Je ne saurais sauvée et réconfortée qu’en imaginant vos têtes à tous sur un pic ! Quant au Prince, que ses penchants déviants soient exposés au grand jour ! Puisque vous l’aimez tous tant, que vous les partagiez désormais et qu’on vous traite tous comme il devrait l’être, comme des dégénérés ! ». Elle avait prononcé ses mots si fortement qu’elle en avait fait peur à la foule. « Il suffit, bourreau allume le bûcher ! ». Celui-ci s’exécuta. Le feu s’embrasa. La jeune fille ressentie de la chaleur, encore plus de chaleur, encore plus de chaleur et puis… plus rien.

A suivre
Tres bien écrit et que de suspense sur la fin! Vivement la suite
Merci ! J'ai prévu d'écrire énormément de chapitre, j'ai l'ambition de transformer cette oeuvre en quelque chose de bien édulcoré. J'essayerai de sortir un chapitre au minimum par semaine. ^^ encore merci pour l'encouragement !
Très bien écrit comme chapitre, hâte de lire les autres ! ^^
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