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California Dreamin

Salut tout le monde. Ce soir je vous propose ma nouvelle fiction. En ce moment je suis vraiment très inspiré par la ville de San Francisco notamment grâce au jeu Watch Dog 2 auquel j'ai joué qui se déroule dans cette ville et qui a vraiment su me mettre dans l'ambiance de la ville. Je vous propose donc une histoire un peu plus vivante que les précédentes. J'ai fais en sorte de soigner mon écriture (si il y a des erreurs je ne les ai pas vues), je vous propose et vous conseille de vous renseigner un peu sur les éléments que j'aborde et qui pourraient éventuellement vous être étrangers histoire d'avoir une lecture encore plus immersive de l'histoire. Je pense aussi mettre les liens de certaines musiques que j'évoquerai dans le texte pour vous mettre à fond dans le mood. Enfin bref, je vous souhaite une bonne lecture et remercie d'avance tous ceux et celles qui lieront cette fiction et s'impliqueront dedans.

Chapitre 1 : Welcome to San Francisco.

Ah ! Quelle superbe fin de journée. Il était 19h, le soleil bientôt couché illuminait le ciel de ses derniers rayons, s'étendant comme une toile céleste orange sans le moindre nuage au dessus de la tête des californiens. Les rues étaient arpentées par des passants profitant des premières heures de liberté du week-end, les terrasses des restaurants étaient bondées et les parcs pleins de chanceux profitant des quelques coins de nature de San Francisco. Quant aux routes elles étaient bondées de conducteurs sortant du travail, partant en voyage pour le week-end ou encore allant on ne sait où.

Miles faisait partie de la dernière catégorie. Il sillonnait les rues de San Francisco sans vraiment avoir de destination particulière. Il se contentait de faire quelques petites rondes dans un quartier avant de changer de coin et d'essayer ailleurs. Puis il recevait une notification sur son smartphone et il se rendait à la destination indiquée pour récupérer ses passagers et les emmener où bon leur semble, répétant les courses encore et encore jusqu'à la fin de la journée ou de la nuit en fonction des jours. En ce vendredi soir, tout bon chauffeur avait fait chauffer le moteur pour faire des rondes toute la nuit et prendre tous les fêtards à bord. Le vendredi et le samedi étaient les deux soirées les plus rentables de la semaine et ce soir ne ferai pas exception.

Il y avait généralement plusieurs vagues de clients : tout d'abord les avant-gardistes vers 20h30, ensuite les premiers fêtards entre 21h et 22h, venaient ensuite les couche tôt qui rentraient chez eux entre 23h et 23h30. Après ça, sortaient ceux qui allaient en boite, enfin plutôt celles. On tombait généralement sur des groupes de filles à partir de 23h30, trop pauvres pour louer une limousine et trop riches y aller en métro. Le service finissait ensuite vers 5h lorsque les soirées étaient définitivement finies et que les derniers fêtards, trop ivres, n'avaient qu'à monter à bord et prononcer une adresse.

Miles était un chauffeur plutôt sociable, il n'hésitait pas à faire la causette avec les clients, savoir d'où ils viennent, où ils vont et d'autres choses qui garantissent d'éviter un silence pesant dans la voiture. Les gens posaient aussi des questions à Miles, c'était d'ailleurs le même genre de questions qu'il se mangeait chaque jour. Vous faites ça à côté de vos études ? Vous êtes de San Francisco ? Vous êtes un peu jeune pour avoir ce genre de voiture non ?
Non Miles ne faisait pas d'études, il était juste chauffeur à temps plein. Son père l'obligeait à se lever chaque matin à 8h pour faire comme tout le monde.
Il vivait bien à San Francisco, il résidait vers South San Francisco à Lindenville, un quartier tranquille de la ville.
Et oui, il était un peu jeune pour être au volant de ce genre de voiture. C'était un break noir tout propre, le genre de voiture de daron qu'on paye avec trois ou quatre salaires. Mais ce n'était pas la sienne, elle appartenait à sa mère qui lui prêtait pour la semaine car elle ne s'en servait que le week-end. Miles, lui, était l'heureux propriétaire d'une Chevrolet Camaro Z28 édition 1969. Le genre de voiture qui attire l’œil. Sa mère craignait qu'un modèle de cette trempe ne donne des idées de car-jacking à certains clients. Elle laissait donc Miles sortir avec sa voiture pendant son temps libre mais au travail c'était avec le break familial.

21h tapantes, l'heure des premières courses de la soirée était arrivée. Miles se rapprochait du centre ville et d'un tas de clients potentiels. À peine ses roues avaient elles foulées l'asphalte du quartier que son téléphone s'activait déjà. Ce n'était pas son application de chauffeur, c'était un appel du contact Stacey. Miles poussa un soupire et pris le téléphone, profitant de l'arrêt à un feu de signalisation.
''-Allô ? Décrocha t-il, exaspéré et pressé de raccrocher.
-Miles viens me chercher, dit Stacey à l'autre bout du fil.
-Je taffe là, dit-il, ça peut pas attendre ?
-Non dépêche toi ! Insista t-elle.
-Bon, bon d'accord...''
Miles raccrocha et fit demi-tour dés sa sortie du peloton de voitures qui avançait après la tournure du feu au vert.

Stacey était la petite sœur de Miles. Il avait 20 ans, elle en avait 18 et elle travaillait à temps partiel dans un dinner ambiance années 50 sur la côte est de San Francisco près de la sortie de la ville 3 jours par semaine après le lycée. Miles entamait donc une nouvelle traversée de la ville basée sur un appel à peine précis et au final cette course ne lui serait même pas rentable.

Miles s'engageait dans l'entrée du parking modérément remplit du dinner. Les néons sur le toit et au dessus de l'entrée illuminant les mot Freeway's Dinner. Miles garait la voiture et parcourait le petit parking avant d'entrer dans le dinner. C'était l'établissement classique : sol carrelé noir et blanc, plusieurs doubles bancs autour de tables en aluminium le long des fenêtres donnant sur l'autoroute et le parking, un comptoir assez long et des tabourets fixés au sol, un juke-box à l'ancienne dans le fond et des serveurs et serveuses la jouant ami-ami avec le client.

Miles prit place à une table vide et fut immédiatement accosté par une serveuse qui s'approcha avec un grand sourire.
''-Bonsoir, qu'est-ce que je vous sers ? Demanda t-elle en sortant un calepin.
-Juste un petit café s'il vous plaît, dit Miles.
-Avec ou sans sucre ?
-Avec un petit sucre, dit Miles en lui renvoyant son sourire.
-Très bien, dit la serveuse en tournant les talons.
-Vous savez si Stacey est là ? Demanda Miles, interrompant la serveuse dans sa marche.
-Oui elle est en cuisine, dit-elle.
-Elle a bientôt finit ?
-Euh... oui bientôt, dit la serveuse un peu étonnée de toutes ces questions.
-Dites lui que Miles l'attend.''
Elle s'éclipsa de la salle destinée aux clients et revint quelques petites minutes plus tard, présentant un café sur la table devant Miles.

Miles commença à siroter quelques gorgées de son café avant que Stacey ne sorte de la cuisine. Elle parcourait le dinner d'une démarche élégante collant plutôt bien avec sa posture élancée. Ses cheveux blonds se balançaient légèrement frottant contre ses épaules où ils s'arrêtaient. Les yeux vifs, un nez un peu prononcé mais pas trop, de fines lèvres semblant se pincer l'une et l'autre. En bref Stacey c'était Miles en fille avec deux ans de moins. Elle portait une petite chemisette à manches courtes et une jupe surmontant ses deux jambes recouvertes d'une paire de collants noirs. Pour finir chaque pas sonnait comme un claquement provoqué par les talons de ses escarpins.

Elle se glissa entre la table de Miles et la banquette d'en face. Miles finit une gorgée de café tout en la regardant droit dans les yeux.
''-Bon alors pourquoi tu m'as fait venir ? Demanda t-il en reposant sa tasse sur la table.
-Ce soir y a une grande soirée chez un mec du lycée et c'est assez loin donc il me faudrait... 'fin tu vois...un moyen d'y aller.
-Donc tu monopolises la voiture juste pour aller à une fête alors que je pourrais rentabiliser ma soirée ? Dit Miles avec un ton autoritaire
-C'est important pour moi, dit-elle en tirant une mine triste.
-Je viens de me taper toute la ville tout ça parce que tu veux pas prendre le bus ou demander à un de tes collègues de te raccompagner en ville, s'énerva Miles.
-S'il te plaît...''
Miles soupira et vida le fond de sa tasse de café.
''-Pfff... bon, quitte à perdre du temps autant t'emmener, céda t-il.''
Stacey se leva toute contente et alla remettre son tablier.
''-Meilleur grand frère, glissa t-elle avant d'entrer dans la cuisine.''

Miles paya pour son café puis frère et sœur quittèrent le café. Ils remontèrent la ville dans le sens inverse avant de se retrouver de nouveau vers le centre ville en direction des habitations sur le front de mer où avait lieu la fête. Miles stoppa la voiture devant une maison plutôt agitée.
''-Merci frérot, dit Stacey en plaçant sa mains sur la poignée de la porte.''
À l'instant où elle s'apprêtait à ouvrir la porte, le verrouillage de celle-ci s'activa dans un ''clic''.
''-Miles... tu vas pas t'y mettre toi aussi, dit-elle en voyant son frère venir.''
Miles mit sa tête entre ses mains comme pour s'isoler un peu et se donner le courage de dire ce qu'il n'avait pas envie de dire et qu'elle n'avait pas envie d'entendre.
''-Stacey y aura des mecs à cette soirée... commença t-il.
-Papa m'a déjà fait la leçon plein de fois je sais ! Le coupa t-elle en levant les yeux au ciel.
-J'ai déjà fait des soirées moi aussi, dit-il, les mecs là bas c'est... on est tous pareil... ils cherchent tous la même chose.
-Je suis une grande fille, dit-elle en croisant les bras et en fronçant les sourcils.
-Ils sont pas tous bienveillants, la mit-il en garde, ils y en a ils sont fous à un point, t'as pas idée.
-Je ferai gaffe, dit-elle.
-Promet-le moi, la retint Miles.
-Je te le promet, dit-elle exaspérée.''
Miles déverrouilla les portes et Stacey descendit de la voiture avant de s'éloigner en direction de la maison où se déroulait la fête.
''-Bonne soirée Stacey, dit-il sans obtenir la moindre réponse.''

Une fois cette parenthèse fermée, la soirée de Miles pu enfin commencer. Il enchaînait les courses, essayant de devancer les autres chauffeurs du coin quand un client émettait une demande. Chaque ''vague'' de clients était à l'heure. Miles prévoyait les courses à venir sans le moindre problème et rattrapait le retard causé par Stacey en quelques heures. Ce n'était que des petites courses longues d'environ 20 minutes pour aller d'un bout à l'autre de San Francisco, ce soir, personne n'exigeait de sortir de la ville, enfin pour l'instant...

4h40 du matin ne tardèrent pas à arriver quand Miles accepta sa dernière course de la nuit. C'était trois clients qu'il devait prendre en centre ville pour les emmener juste aux limites de la ville. Miles se rangea sur le bas côté lorsqu'il arriva au point de rendez-vous spécifié par l'application. Trois hommes montèrent à l'arrière, se serrant sur la banquette. Les trois hommes étaient habillés identiquement : veste de costume, chemise noire, cravate noire, gants eux aussi noirs. Ils ressemblaient plus aux assassins dans les films qu'à des gens qui sortent de soirée. Ils devaient tous avoir entre la trentaine et la quarantaine, les cheveux poivre et sel pour l'un d'eux et certains rictus et rudesses au niveau du visage naissaient sur leur peau. Celui du milieu portait une mallette qu'il gardait soigneusement sur ses genoux.

Ces trois individus avaient vraiment une allure de gangster de haut niveau, de mafieux même. Si ils en étaient ils n'étaient pas très discrets avec leurs dégaines plus que suspects car Miles, lui, les avait déjà grillé. Mais après tout il était bientôt 5h du matin et ils allaient sortir de la ville alors pourquoi se soucier d'être percé à jour par un simple chauffeur ? Peut-être qu'ils ne comptait pas laisser repartir ledit chauffeur. Miles se faisait trop de films comme d'habitude. La fatigue commençait à frapper, lui faisant passer n'importe quoi par la tête.

''-Donc je vous dépose à la sortie de la ville sur la 101 ? Demanda t-il.''
La seule réponse fut un hochement de tête de la part de celui du milieu à travers le rétroviseur. Miles prit le volant et entama la traversée de la ville en direction de la sortie. Le trajet se fit sans un mot. Il n'osait même pas se la jouer chauffeur décontracté comme il le faisait d'habitude. Il savait que ce n'était pas le genre de clients à discuter.
Quelques fois l'un d'entre eux prenait la parole pour s'adresser à ses collègues mais ils faisait généralement en sorte que ces paroles n'arrivent pas aux oreilles de Miles.

Ils finirent finalement par arriver à la sortie de la ville sur la route 101, non loin du Freeway's Dinner.
''-Là, dit l'un des passagers en pointant un bâtiment sur le bas côté.''
Miles avança jusqu'à ce qui semblait être un entrepôt à l'abandon, le tout entouré d'une clôture en ferraille délimitant le terrain.
Les deux hommes sur les côtés descendirent alors que celui du milieu restait sur la banquette arrière. Il jeta une liasse de billets qui atterrit sur les genoux de Miles.
''-Tu reviens jamais ici compris ? Dit-il.''
Miles acquiesça sans vraiment comprendre. L'homme restant lui tapota l'épaule avant de descendre à son tour. Il rejoint les deux autres, mallette à la main alors qu'ils ouvrirent l'accès à l’entrepôt.
Miles entama une marche-arrière et s'engagea à nouveau sur l'autoroute en direction de chez lui.

Miles enfonça tout doucement les clés dans la porte. Il la déverrouilla et la referma sans le moindre bruit après son passage. Il retira sa veste et ses chaussures qu'il laissa dans l'entrée avant de se diriger à l'aveugle dans la cuisine plongée dans le noir comme le reste de l'appartement. Miles alluma la faible lumière de la cuisine et découvrit une assiette posée sur le comptoir qui séparait le salon/salle à manger de cette pièce. Miles enfourna l'assiette de bœuf au légume dans le micro-onde et dégusta le tout quelques minutes plus tard.

Une série de bruits retentirent dans le couloir au fond du salon. Une silhouette apparu et ne tardait pas à sortir de l'ombre. C'était la mère de Miles. Elle se rapprocha du comptoir sur lequel elle s'appuya en face de lui.
''-Bon appétit, dit-elle.''
Miles hocha la tête en guise de remerciement.
''-Tu as une sale mine ce soir, dit-elle en remarquant les cernes sous les yeux de Miles.''
Miles haussa les épaules tout en continuant de manger.
''-Tu ferais mieux de rentrer plus tôt, dit-elle, si c'est pour te crever à la tâche mieux vaut éviter de traîner.
-J'ai eu une course qui m'a conduit hors de la ville, expliqua t-il.''
Il y eut un petit moment de silence, ne comptant comme son que les cliquetis des couverts contre la porcelaine de l'assiette.
''-Stacey est rentrée ? Demanda Miles.
-Oui, confirma la mère.
-Qui l'a raccompagnée ? Demandait-il.
-Je n'en sais rien. Ce qui compte c'est qu'elle soit rentrée.
-Et dans quel état ? Renchérissait-il.
-Rrrh laisse un peu ta sœur tranquille, c'est une fille responsable, dit-elle.
-Crois moi j'ai vu à quel genre de soirée elle est allée ce soir, dit Miles, les soirée de lycéens je connais.''
Sa mère leva les yeux au ciel. En divagant du regard, elle tomba sur la liasse de billet qu'avait laissé le dernier client à Miles et qu'il avait posé sur le comptoir à côté de lui.
''-C'est quoi tout cet argent ? Demanda t-elle avec méfiance.
-C'est un pourboire, s'expliqua Miles.
-Un pourboire ?! Répéta t-elle effarée. Il y a au moins 100 dollars là dedans ! Comment as tu réellement eu cet argent ?''

C'était reparti. Miles savait que sa mère avait des doutes sur ce qu'il faisait de ses journées. Elle et son père pensaient qu'il dealait parallèlement à son activité de chauffeur. Mais Miles était tout ce qu'il y a de plus réglo. La boule de beuh tombée de la poche d'un client sur la banquette arrière n'avait pas aidé et maintenant ça. Miles avait du négocier des semaines pour obtenir le droit d'être chauffeur auprès de ses parents. Ils étaient déjà assez méfiants en lui interdisant de prendre sa propre voiture et en lui imposant des horaires réguliers. Alors si ils étaient au courant qu'il était tombé sur des gangster plutôt louches à 4h du matin il pouvait dire adieu à son boulot. Il se demandait encore si il valait mieux passer pour un dealer et garder son job ou dire la vérité et risquer de le perdre.
''-C'est... plusieurs... pourboires, bégaya t-il, je l'es ai tous regroupés dans la même liasse.
Il récupéra rapidement les billets et les glissa dans sa poche. Sa mère leva une fois de plus les yeux au ciel et retourna en direction du couloir, laissant Miles seul dans la cuisine.

Miles passa la nuit, la matinée et une partie de l'après-midi suivantes au lit à rattraper ses heures de sommeil de retard. À peine levé, il se prépara pour sortir. Une douche, un petit repas rapide, les dents et Miles se dirigea directement au garage pour sortir son bolide. Miles ouvrit la porte du garage coulissa lentement, arrachant le garage à son obscurité habituelle et dévoilant le modèle unique qui n'attendait que d'aller faire une virée en ville. Sa Camaro était colorée d'une peinture acidulée bleu nuit. Parcourant le capot, la toiture et le coffre, deux superbes bandes blanches sublimaient la voiture dans un style années 70 plutôt classe. Le soleil ajoutait son grain de sel en illuminant la voiture qui reflétait imparfaitement l'image de ce qui l'entourait. Les jantes argentées scintillaient elles aussi, entourées de pneus noirs tout propres. Miles mettait un point d'honneur à garder ses pneus dans le meilleur état possible en les nettoyant régulièrement malgré les rudes épreuves que pouvait parfois proposer San Francisco.

Miles enfonça la clé dans la serrure et ouvrit la porte pour s'installer au siège du conducteur. Il mit le contact et laissa rugir le moteur. Même si son père lui avait dit de ne pas déranger le voisinage avec les bruits excessifs de sa voiture, Miles ne pouvait s'empêcher d'apprécier le bruit du moteur au démarrage. Les clés dans le contact, le moteur bien chaud, les mains à 10h10, Miles était paré. Un petit coup sur l’accélérateur et la voiture descendait toute seule la descente à la sortie du garage. Miles s'éloignait de la maison, remontant toute l'allée : direction le centre-ville.

Voilà pour le premier chapitre, le deuxième est déjà écrit mais je préfère attendre un peu avant de le poster histoire d'avoir une marge d'un ou deux chapitres d'avance sur vous pour avoir quelque chose à vous publier régulièrement. A+
Bon début félicitations j'attend la suite avec impatience pour voir ce qu il va lui arriver a ce miles
Merci de ton retour la suite arrivera la semaine prochaine
J'aime bien ton histoire , le début est sympa j'attends la suite.
Bonsoir ! Merci pour les retours même si très peu nombreux. Voici la suite de mon histoire. Ce chapitre comporte un moment ''interactif'', j'ai juste mi le lien youtube d'une musique que je mentionne histoire de vous mettre dans l’ambiance en quelque sorte. Rien de bien ouf. Sur ce je vous souhaite une bonne lecture, E N J O Y :trescontent:

Chapitre 2 : Une virée à la fac.

Un soleil de plomb rayonnait sur toute la côte ouest en ce mercredi après-midi. Les arbres parfaitement fleuris s'agitaient paisiblement sous l'effet du léger vent circulant à basse altitude, caressant les passants tel une douce brise. L'université de Stanford, à quelques kilomètres au sud de San Francisco était plongée dans cette ambiance de fin d'été apaisante et calme. Il y avait plein d'étudiants sur les étendues d'herbe, révisant, discutant entre amis ou tout simplement profitant du soleil. Les chemins piétons et cyclables étaient parcourus par des étudiants tous habillés décontracté de manière adéquat au temps radieux. Quelques voiturettes style golf sillonnaient également la fac dans des routes plus larges prévues à cet effet et reliant les sections entre elles.

''-Tenez, votez Héléna !''
Il y avait un groupe de quelques personnes qui sillonnait la fac, approchant tous ceux qui passaient de près ou de loin à travers leur route et distribuant des flyers indiquant ''Héléna Davis for president'' et décrivant un programme complexe que ladite candidate proposait. C'était la saison des élections à Stanford. Chaque section élisait deux représentants qui siégeaient au conseil du syndicat étudiant et participaient aux grandes décisions pour la vie étudiante. Héléna se présentait pour la branche des sciences politiques ainsi que 7 autres candidats tous aussi acharnés que les autres à accéder au statut de président ou vice-président de la section.

Malgré la rude concurrence, Héléna était une fille plutôt populaire au sein de la section auprès de ses 900 élèves. Elle était déjà en deuxième année d'études et avait un petite réputation assez bien tenue auprès de ses aînés de troisième année ainsi que des nouveaux arrivants de première année. Elle réussissait tout ce qu'elle entreprenait, avait toujours de bonnes notes, faisait partie de quelques clubs au sein de la fac et trouvait même du temps pour développer sa vie sociale. Quoique ces derniers temps elle était plus sur le campus à distribuer des tracts avec son équipe de campagne ou enfermée dans une salle toute la nuit à cogiter à propos des élections avec ses amis.

Son principal opposant était un certain Stan White qui avait à peu près la même côte de popularité qu'elle. Héléna ne l'avait jamais rencontré mais l'avait déjà aperçu au travers de ses affiches qui recouvraient généralement les siennes. C'était un grand brun, maigre dont le visage ne donnait pas une bonne impression de lui. Héléna trouvait qu'il avait une allure à parler dans le dos des gens, se moquer de tout le monde et ne respecter qu'un nombre très limité de personnes. Enfin elle ne s'en tenait pas trop à ses jugements, après tout elle pourrait très bien ne jamais le rencontrer ou avoir à travailler avec lui en tant que présidente ou vice-présidente.

Héléna passa la journée à promouvoir sa candidature, profitant de sa seule journée de libre dans la semaine pour rentabiliser son temps libre. Lorsque tous les tracts furent distribués et que les chemins de la fac commençaient à se vider, toute sa petite équipe de campagne finit par se dissoudre et Héléna demeura seule en route vers le bâtiment où était sa chambre, parcourant le campus assombrit par le soleil couchant. La fac était magnifique de nuit, illuminée par quelques lampadaires accompagnant les chemins et routes du campus. Il y avait tout ces bâtiments avec de longs porches ponctués par des colonnes qui étaient presque symboliques des universités américaines. Cette ambiance plutôt sombre n'avait pas de quoi rassurer Héléna. Il y avait cette longue rangée de haies denses sur sa gauche qui semblait pouvoir cacher n'importe quel danger. Mais elle ravisait rapidement cette crainte puérile et continuait sereinement en direction de son bâtiment.

C'était relativement calme dans le coin. Le vent sifflotait, apportant avec lui quelques faibles sons lointains mais à part ça un silence mi-apaisant, mi-pesant régnait sur la fac. Héléna ne perdit pas une seconde lorsqu'elle arriva à son bâtiment. Elle dégaina sa carte d'étudiante et la valida contre le pad près de la porte. La porte se déverrouilla dans un signal sonore et s'ouvrit toute seule grâce au mécanisme haut de gamme dont elle était dotée. Héléna passa à travers l'encadrement de la porte alors qu'elle n'était qu'entre ouverte. Le hall d'entrée était plongé dans l'obscurité et aucune des lumières censées détecter les passants ne s'alluma. Héléna entra immédiatement dans l'ascenseur et appuya sur le bouton du deuxième étage.

Les portes de la cabine s'ouvrirent sur un long couloir sombre regroupant deux rangées d'une vingtaine de portes chacune. Héléna avança dans ce long corridor dépourvu de lumière comme chaque soir après 22h. Seuls quelques filets de lumière se faufilaient jusqu'au couloir sous les portes fermées de ses voisines d'étage. À vrai dire, il y avait une chambre qui semblait fournir plus de lumière que les autres : c'était la sienne ! Un filet d'une lumière à l'apparence naturelle détourait la porte apparemment entre ouverte. Héléna pressa le pas et trottina en direction de sa chambre. Une fois arrivée devant elle tâtonna la porte du bout des doigts la poussa d'un coup. Celle-ci s'ouvrit à vive allure et révéla sa chambre plongée dans le noir, ayant comme seule source de lumière celle des lampadaires de l'extérieur. Héléna activa l'interrupteur sur le côté de la porte et la pièce fut plongée dans la lumière éblouissante de son plafonnier, révélant l'état de sa chambre : tout était sans dessus dessous. Son armoire était grande ouverte, complètement vidée de ses habits qui étaient éparpillés par terre et roulés en boule. Les posters encadrés de ses chanteurs et chanteuses préférés étaient renversés et gisaient à terre. Son miroir au dessus de sa commode de maquillage était fissuré et maculé de son fond de teint et de son rouge à lèvres. Le lit était complètement dépouillé de ses draps et oreillers, contenant encore le matelas complètement ruiné par des déchirures s'apparentant à des coups de couteau. Toutes ses feuilles de cours étaient éparpillées à peu près partout dans la chambre, complètement saccagées et irrécupérables. Pour finir, sa guitare avait plusieurs cordes découpées à la pince coupante et le manche était brisé au milieu.

Héléna tomba, chancelante, sur son lit. Elle n'arrivait pas à croire ce qui lui arrivait. Elle referma la porte de la chambre du bout du pied et cogna un coup contre un mur. Elle était désespérée. Sa chambre était saccagée, ses cours étaient irrécupérables, sa guitare détruite et son lit et ses habits complètement désordonnés. Elle se ressaisit et repris ses esprits. Elle savait qui avait fait ça. Enfin elle croyait le savoir, aveuglée par la colère et le désespoir : Stan White ! C'était évident ! Son intuition à propos de lui était vraie. Il était mauvais et n'avait aucune limite et il n'avait sûrement pas fait ça tout seul. Héléna comptait bien aller lui parler en face-à-face. C'en était trop ! Elle ne se laisserait pas intimider de la sorte pour une simple élection. Héléna descendit récupérer ses draps qui pendaient sur un lampadaire au bas du bâtiment et se coucha avec ce qu'il restait de convenable dans ses affaires.

''-Miles t'avais promis ! Hurla Stacey.''
Elle courrait derrière son frère qui sillonnait l'appartement de long en large, récupérant quelques-unes de ses affaires et les fourrant dans les poches de sa veste.
''-Mais c'est archi loin ! Dit-il. Je fais pas tout ce trajet moi ! Sauf si tu me rembourses l'essence. Mais je sais que t'as pas de quoi me rembourser.
-Bon calmez vous, dit leur mère en apparaissant dans le couloir où ils se disputaient, emmène la je vais te rembourser l'essence.''
Miles lança un regard interrogateur à sa mère. À chaque fois Stacey abusait, il lui faisait affronter ses responsabilités et leur mère arrivait pour lui sauver la mise.
''-Merci, dit Stacey énervée en s'en allant.''
Miles attendit qu'elle ait quitté l'appartement en direction du garage.
''-Tu la couve encore, reprocha t-il à sa mère.
-Je vois pas en quoi tu as besoin de cet argent de toute façon vu tout ce que tu gagnes, dit-elle en faisant allusion au pourboire que lui avait remis l'homme louche l'autre soir.''
Miles voulait rétorquer quelque chose mais se ravisa et se contenta de sortir à son tour.

Le trajet se fit sans un bruit. Enfin il y avait le son tonitruant du moteur qui rugissait et la radio qui diffusait en continue mais ni Miles, ni Stacey ne se parlaient. L'une se contentait de s'appuyer dans l'encadrement de la vitre baissée de sa porte et l'autre remuait la tête en rythme, profitant de la musique.
''-Maman va pas toujours te sauver la peau, dit Miles en ne lâchant pas la route des yeux.
-Je n'arrive pas à croire qu'on en arrive à être obligé de négocier avec toi pour un truc aussi essentiel, dit-elle en levant les yeux au ciel.
-Eh, c'est ma voiture alors tu fais selon mes règles.
-C'est important pour moi Miles, il s'agit peut-être de ma future fac, l'une des plus grandes du pays et toi tu refuses de m'y emmener si je ne te paye pas. Je suis pas un de tes clients !
-Oui bah quand tu auras une voiture à entretenir comme moi tu verras si t'aimes te taper la moitié de la région en allé retour sans remboursement de l'essence, dit Miles avant de monter le son de la radio pour clôturer la discussion.

https://www.youtube.com/watch?v=aXJhDltzYVQ

La voyage toucha à sa fin lorsque frère et sœur sortirent de l'autoroute pour entrer sur le campus de Stanford. La radio lança la diffusion de Lets go crazy de Prince qui les accompagna dans la traversée du campus. La voiture passa un panneau indiquant ''Welcome to Stanford''. La Chevrolet de Miles faisait un peu tâche sur cette voie habituée à n'accueillir que des voiturettes. Tout le monde sur le trottoir ou sur les étendues d'herbes se retournait au passage de la voiture. Quelques filles lançaient des sourires ou quelques signes de la main à Miles un peu comme dans ces films clichés américains.
C'était un autre début d'après-midi comme il y en avait des centaines chaque année en Californie, la chaleur, le soleil, les arbres fleuris s'agitant légèrement sous le vent. Mais cette fois-ci c'était différent. Miles n'était jamais venu ici avant et il devait avouer que la fac était jolie à voir. Il y avait toute cette ambiance conviviale que l'on ne retrouvait pas à San Francisco. Les étudiants étaient torse-nu, les étudiantes étaient en mini-short et débardeur et tous jouaient au volley, au basket, à s'embêter avec des bombes à eau ou tout simplement traînaient dans un coin de nature ou à l'ombre d'un bâtiment. C'était un endroit plein de vie, de bonne vie. Pas juste une masse de passants tous plus pressés les uns que les autres.
''-À droite... Maintenant à gauche... Arrête toi devant la fontaine, se contentait de dire Stacey.''
Miles suivit ses indications et s'arrêta vers ce qui semblait être le centre de la fac.
''-Bon... je te laisse faire ce que t'as à faire, dit Miles à Stacey.''
Celle-ci descendit et s'éloigna en direction du bâtiment concernant les inscriptions. Miles prit le temps de couper la radio et le contact de la voiture avant de sortir à son tour.

Il avait désormais à sa disposition un endroit magnifique baigné dans une atmosphère rappelant l'été avec tout un tas de gens qu'il ne connaissait pas. Miles observait un peu autour de lui. Il reconnaissait la Hoover Tower, cette espèce de grand clocher s'élevant au dessus de tous ces bâtiments hauts de seulement quelques étages et qui faisait la renommée de Stanford. La fac était vraiment comme dans son imagination. Des surdoués en tailleur étudiant dans l'herbe des parcs, des bandes autour d'un banc ou d'un arbre, des mecs draguant des filles et vice-versa, des couples, des professeurs enseignant hors des cours aux plus assidues, des skateurs, des... enfin bref. Beaucoup, beaucoup de monde ! Il y avait même ces espèces de banderoles affichées un peu partout sur les murs : ''Vote for Stan White'', ''Better studies with Jessica Green !'', ''Héléna for president !''
Cette dernière affiche intriguait Miles. On y voyait une jeune fille, les cheveux châtains, serrant un cahier d'études contre sa poitrine, regardant vers l'horizon avec un regard profond appuyé par ses pupilles émeraude. Miles restait quelques secondes à observer l'affiche, perdant son regard dedans. Il était là, ahuri, comme lorsque l'on fixe quelque chose sans s'en rendre compte et que l'on réalise après qu'on est immobile depuis plusieurs longues secondes. Il reprit ses esprits et lâcha l'affiche des yeux avant de se rapprocher d'une sorte de petite cours encadrée par quelques bâtiments et qui semblait rassembler un panel d'activités.

Il y avait une bonne centaine de personnes éparpillées entre les bâtiments. Des gens de toutes les couleurs, tous les styles, presque tous les âges, tous réunis ici dans ce même lieu au nom du savoir et de l'éducation. Miles se sentait un peu idiot parmi toutes ces grosses têtes. Après tout il était dans l'une des plus grosses universités du pays et avait arrêté les études tout de suite après le lycée et ce n'étaient pas les discussions qu'il entendait et auxquelles il ne comprenait rien qui allaient lui ôter ce sentiment. Ça ne parlait que de sciences ou d'autres choses plus incompréhensibles en utilisant que des références obscures que, de toute évidence, Miles n'avait pas.

''-Hey ! T'as 2 minutes ? Dit une voix derrière lui.''
Miles se retourna, pris au dépourvu, manquant de trébucher.
''-Ouaw fais gaffe, dit la fille désormais face à lui.''
Miles la reconnu, c'était celle qui figurait sur toutes les affiches de la fac, Héléna Davis d'après les slogans. Elle était comme sur les photos à ceci près qu'elle semblait manquer de sommeil. Elle était plus petite que lui d'environ une demi-tête et le regardait avec un sourire un peu moqueur. Ses cheveux dévalaient les flancs de son visage et recouvraient le haut de son buste. Elle portait un pull bleu foncé aux manches remontées et dont le col laissait sortir le col d'une chemise blanche. En bas elle avait une mini-jupe noire d'où sortaient deux fines jambes recouvertes d'une paire de collants les parcourant et allant se terrer dans ses baskets blanches.

Héléna reprit vite son sérieux et brandit un prospectus dans la pile qu'elle tenait coincée entre son bras et sa poitrine.
''-Je me présente aux élections pour représenter les sciences po au conseil du syndicat étudiant, dit-elle en lui tendant le prospectus.''
Miles le saisit et fit mine de regarder. Il releva la tête et regarda à nouveau Héléna dans les yeux alors qu'elle se lançait dans un monologue mêlant tout un tas d'informations sur la fac et comment elle pouvait faire changer les choses. Miles ne l'écoutait même plus, il la regardait juste en cherchant un moyen d'écourter la conversation.
''-... et ils se sont introduits dans ma chambre pour la saccager ! Je ne pense pas que tu veuilles de ce genre de personne comme représentant, hein ? Demanda t-elle alors que ce qu'elle disait atteignait à nouveau les oreilles de Miles.
-Euh... en faite je suis pas étudiants ici, dit-il.
-Hein ? Demanda Héléna un peu désorientée.
-Je suis de passage c'est tout, dit-il.
-Ah... dit Héléna en se sentant toute bête.
-Mais j'ai trouvé ça vraiment inspirant ce que tu disais, dit Miles en prétendant avoir écouté.
-Ah merci, dit Héléna. Mais qu'est-ce que tu fais ici alors si tu n'es pas étudiant ?
-J'ai accompagné ma sœur pour qu'elle puisse s'inscrire pour l'année prochaine et je me balade un peu, je regarde les environs, tout ça, tout ça, expliqua t-il.
-Ah super, dit-elle, eh bien désolée de t'avoir interrompu dans ta promenade.
-Y a pas de mal, dit Miles en souriant.''
Il reprit sa marche et laissa Héléna en plein milieu de la cour avec ses prospectus et un tas d'autres étudiants à aller voir.

Héléna resta un instant immobile à repenser à cette rencontre hasardeuse. Cet inconnu se promenant dans la fac lui avait vraiment tapé dans l’œil. Elle aimait ses cheveux blonds plutôt foncés, ses yeux marrons qui n'avaient cessé de la regarder pendant qu'elle énonçait son discours, cette barbe naissante entourant son menton et sa mâchoire légèrement carrée. Elle aimait aussi la façon dont il était habillé : sa veste ouverte donnant sur un t-shirt moulant ses pectoraux, son jean bleu délavé et ses baskets montantes plutôt classes. Elle se demandait si elle le reverrait un jour, après tout il ne semblait pas vraiment lié à la fac autrement que par sa sœur.

Elle aurait été tentée de penser encore un peu à cet inconnu mais quelque chose attira son attention. Stan White ! Il était là, à quelques dizaines de mètres d'elle entrain de marcher accompagné de quelques-uns de ses amis. Héléna entama une marche rapide en direction de son principal rival.
''-Stan White ?! Dit-elle avec une colère palpable une fois derrière lui.
-Oh tu es Héléna c'est ça ? Dit Stan alors que lui et ses amis retournaient.
-Tu sais très bien qui je suis ! Dit-elle en lui lançant un regard noir.
-Euh... du calme, dit-il en affichant un regard incompréhensible.
-Je sais que c'est toi qui a saccagé ma chambre hier soir !
-Pardon ? Dit-il. Je n'oserais jamais faire ça.''
Ses amis se regardaient en échangeant des sourires et des regards moqueurs.
''-N'essaie pas de m'intimider ça ne marchera pas ! Dit-elle. Si t'es vraiment un bonhomme joue à la loyale.
-Je ne vois vraiment pas de quoi tu parles, dit-il, je n'ai rien à voir avec ce qu'il t'arrive.''
Héléna leva les yeux au ciel et tourna les talons, furieuse alors que Stan la regardait s'éloigner sans avoir l'air de vraiment comprendre.

L'après-midi passa et sa colère retomba alors qu'elle continuait à distribuer quelques tracts. Une fois qu'elle en eut marre, Héléna décida de retourner dans sa chambre et de tout simplement se détendre. Elle prit un des chemins longeant l'une des longues routes parcourant la fac pour retourner à son bâtiment qui se trouvait bien plus loin. Le ciel avait tourné au mauve et la fraîcheur des soirs d'été était entrain de s'insinuer partout. Héléna pressa le pas pour minimiser son temps dans le froid mais son regard fut attiré par une voiture assez inhabituelle. Un gros modèle bleu dans le genre années 70
elle regarda brièvement la voiture avant de tracer sa route.
''-Ça fait 4 heures que je t'attend ! Dit une voix à l'arrière, près du coffre.
-C'est bon, c'est pas de ma faute ils m'ont retenue pour régler des détails, dit une voix féminine.
-Bon allez dépêche, dit la première voix.''
Héléna reconnut immédiatement le garçon qui était venu lui parler tout à l'heure. Elle se figea d'un coup et regarda un instant. Il y avait avec lui une fille à peine plus jeune qui s'affairait en fourrant des espèces de pochettes dans le coffre.

Héléna était excitée de l'avoir retrouvé mais elle n'osait pas l'aborder devant celle qu'elle supposait être sa sœur et ne savait même pas quoi lui dire. Elle réfléchit un instant et saisit un stylo qu'elle gardait sur elle. Elle prit l'un de ses prospectus et le retourna, sur la partie vierge, elle écrivit son numéro de téléphone ainsi que l'inscription ''call me'' et s'approcha de la voiture. Elle glissa le prospectus sous un rétroviseur alors que les deux autres étaient toujours affairés à l'arrière.
''-Bon allez on y va, dit la voix du gars.''
Héléna s'éclipsa rapidement et continua vers son bâtiment tout en jetant quelques regards derrière elle en direction de la voiture qui ne tarda pas à démarrer et finalement disparaître de sa vue, faisant toujours gronder son moteur au loin.

Miles se contenta de retourner à l'appartement familiale, écourtant son service de chauffeur pour raccompagner Stacey et manger avec sa famille. Ni lui, ni Stacey ne remarquèrent le petit papier laissé par Héléna tremblotant au gré du vent sur le bas du pare-brise. Frère et sœur rentrèrent alors que leurs parents étaient entrain de les attendre à table. Leur mère affichant une expression de soulagement et un sourire en les voyant arriver et leur père totalement inerte, se contentant de joindre ses mains devant lui tout en fronçant les sourcils. Stacey se dirigea vers sa chambre pour ranger ses papiers d'inscription pendant que Miles se lavait les mains dans le lavabo de la cuisine.
''-Alors ça s'est bien passé ? Demanda la mère.
-Ouais, on a pris un peu de retard à cause de Stacey.
-J'espérais au moins qu'avec ce genre de voiture tu te pointerais à l'heure au dîner, dit la père toujours sans bouger.''
La mère lui lançait un regard énervé alors que Miles se mit à table, vite rejoins par Stacey qui prit place en face de lui.
''-Alors, tu n'as rencontré aucun problème ? Demanda la mère à Stacey alors que tous commençaient à se servir à manger.
-Normalement tout est bon, dit Stacey en prenant un bout de pain, je devrais recevoir un appel d'ici quelques jours.
-Tu te rend comptes Edward, dit la mère en s'adressant à son mari, notre fille est admise à Stanford.''
Il ne répondit pas et continua de mâchouiller le contenu de sa fourchette.
''-Il y a au moins quelqu'un qui réussit ici, dit-il alors que tout le monde avait compris vers qui se tournait le message.
-Edward ! Le réprimanda la mère.''
Un long silence suivit où seuls les bruits des couverts retentirent. Miles et Stacey semblaient communiquer au travers de quelques regards qu'ils se lançaient au gré de roulements de pupilles où de clignements de paupières tandis que leur mère cherchait le père du regard.

Des dîners comme ça il y en avait chaque semaine. Edward, le père de Miles et Stacey, était un homme d'affaire notable de San Francisco. C'était un élitiste, cherchant à élever ses enfants et sa famille toujours plus haut dans la société. Il avait eu beaucoup d'attentes envers Miles, en tant que premier garçon de la familles, son père ne l'avait envoyé que dans des collèges et lycées privés, lui avait payé des cours particuliers dans toutes les matières où il jugeait que c'était nécessaire. Il avait plus ou moins répété l'opération avec Stacey mais avec un peu moins d'entrain. Malgré tout Stacey semblait avoir réussi à la surprendre et elle était désormais la plus grande fierté de son père.

Tout de suite après le repas, Miles s'en alla dans sa chambre histoire de rassembler quelques affaires qu'il fourra dans les poches de sa veste. Il referma la porte de sa chambre et passa devant celle de Stacey d'où des voix étaient audible de l'autre côté de la porte.
''-Je suis très fier de toi, dit la voix du père, je suis au moins heureux que quelqu'un dans la famille aille à une grande université.
-Merci, dit Stacey.
-Tu sais... ce que j'ai dit à table ce n'était pas contre toi, dit-il.
-Hmm... marmonna Stacey.''
Miles écoutait et ne remarquait même pas sa mère qui venait d'arriver près de lui dans le couloir.
''-Ce n'est pas bien d'écouter aux portes, chuchota t-elle pour ne pas éveiller les soupçons de ceux dans la chambre.
-De renier ses enfants non plus, dit Miles en marchant avec elle un peu plus loin.
-Votre père vous aime même si il ne le montre pas, dit-elle, vous restez ses enfants malgré tout ce que vous pourrez faire.
-Bien, bien, maintenant ce serait cool que tu ailles lui dire à LUI ! Dit-il en colère.
-Il est très conscient de ce qu'il ressent pour vous et c'est sa façon à lui de l'exprimer.
-Tu parles d'une façon de l'exprimer... dit Miles.
Sa mère tendit sa main vers lui, présentant quelques billets.
''-C'est pour compenser l'essence, dit-elle, tu l'avais demandé à Stacey.
-Non c'est bon, t'inquiète pas je m'en passerai.
-Allez prend le, dit-elle.
-Non merci je le prendrai pas, tu peux les ranger dés maintenant.''
Elle céda et lança les quelques billets sur un meuble pas loin tandis que Miles se dirigeait vers l'entrée.
''-Eh ! Où est-ce que tu vas là ? Demanda sa mère.
-Je vais faire un tour, dit-il en ramassant les clés de sa voiture dans le bol près de l'entrée.
-Ne t'avise pas de faire le chauffeur si tu prends ta voiture, dit-elle.
-Nan t'inquiète pas, Miles en levant les yeux au ciel.''

Miles arriva dans le garage et ouvrit la porte coulissante libérant la voie pour sortir. Il ne perdit pas une seule seconde et se mit au volant pour partir au plus vite. Il s'engagea dans la longue rue dés la sortie du garage et s'éloigna de la résidence familiale dans un bruit tonitruant. Cette fois-ci Miles n'allait pas en ville, il se dirigeait vers les montagnes à l'ouest de South San Francisco. C'était une toute petite chaîne montagneuse qui surmontait les villes alentours. Miles était déjà venu à quelques occasions ici et c'était généralement un endroit tranquille où il pouvait se poser sans vraiment penser.

Après tout Miles n'avait pas d'ami ici. Ses seuls passe-temps consistaient à faire le chauffeur, éventuellement aider sa mère dans quelques tâches, jouer sur sa console dans sa chambre et, bien cela ne lui plaisait pas toujours, il devait bien admettre que Stacey remplissait ses journées lorsqu'elle lui demandait de l'emmener un peu partout. Cela faisait plusieurs longs mois qu'il menait cette vie et elle commençait à devenir inintéressante à son goût.

Allongé sur le capot de sa voiture, il restait là, une heure ou plus à observer le ciel, se perdant entre les minutes et les secondes lorsque le temps ne passait pas assez vite selon lui. Cette fois-ci il y eut ce petit papier inattendu sous l'essuie-glace de sa voiture qui vint interrompre cette petite balade champêtre. Miles s'assit et le tira de là avant de le déplier. Le numéro et l'inscription le laissèrent d'abord perplexe et un peu confus mais lorsqu'il retourna le bout de papier, tombant sur le slogan ''Héléna for president'', il comprit à qui il avait affaire et se remémora cette jeune fille qu'il avait croisé plus tôt dans l'après-midi. Un sourire s'inscrit sur son visage et il regarda le soleil couchant au loin sur la baie de San Francisco. Ce simple numéro lui ouvrait une porte sur ce que pourrait certainement devenir sa vie et qui promettait de devenir nettement plus intéressante...
Toujours aussi bien écrit , toujours autant de plaisir a lire ton histoire j'attend la suite avec impatience j'espère qu'il ce passera quelque chose entre Miles et Helena surtout que visiblement il ont eu le coup de foudre 😊👍
Vraiment sympa, vivement les chatouilles ! Bonne rédaction !
Salut tout le monde, voici la suite avec ENFIN des chatouilles. Enjoy.

Chapitre 3 : Intimidation.

''-Bonjour, où est-ce que je vous conduis ?''
Le business reprenait de plus belle ! Miles avait repris le volant du break familiale et recommençait à faire des va-et-vient à travers tout San Francisco. C'était un début de semaine alors les journées étaient plutôt calmes. Miles cumulait en moyenne une dizaine de courses dans une journée et traînait un peu en centre-ville entre chaque. Aucune saveur, juste une routine de plus en plus pesante.

Son téléphone calé contre le tableau de bord s'illumina, affichant une nouvelle notification. Miles prit le portable d'une main et garda un œil sur la route tout en rentrant son code. Il attendit d'être complètement à l'arrêt dans l'un des nombreux embouteillages de la ville pour se pencher un peu plus dessus. Le client était un certain Nathan à quelques rues d'ici qui voulait se rendre à Stanford.
À première vue c'était trop loin pour Miles. Il n'aimait pas sortir de la ville, il perdait un temps considérable à revenir en ville après chaque course hors de San Francisco. Mais là c'était différent. Son client allait à Stanford, la fac d'Héléna, avec qui il parlait depuis bientôt une semaine par messages. Ce serait une bonne occasion d'aller traîner dans le coin et, pourquoi pas, la voir.
Miles n'eût pas encore pris de décision que son doigt sembla valider tout seul la commande. Il reprit le volant et se dirigea vers son nouveau client.

Il se rangea sur le côté de la route à l'approche de celui qui semblait être Nathan. C'était un jeune homme qui devait avoir à peu près son âge. Il portait un bonnet à rayures qui cachait ses cheveux, ne dévoilant rien sur leur couleur. Il portait des lunettes par dessus ses yeux marrons et était vêtu d'un polo arborant le blason de l'université, d'un jean avec des bretelles pendouillant contre ses cuisses et une paire de mocassins. Il portait sous son bras une sorte de large rouleau de papier maintenu enroulé par un élastique. Il s'assit à l'arrière, posant son rouleau sur ses genoux.
''-Salut, dit Miles en se retournant pour lui serre la main.''
Nathan l'attrapa timidement et ensemble ils secouèrent leur poignée.
Miles reposa ses mains sur le volant et régla le levier de vitesse.
''-Alors comme ça on va à Stanford ? Dit-il.
-Euh...oui, dit Nathan surpris par la question, je dois m'y rendre au plus vite.
-Une urgence ? Demanda Miles en manoeuvrant au cours d'un virage.
-Plus ou moins, dit Nathan, j'ai un retard à combler.
-C'est-à-dire ?
-Je me présente comme président de mon département et j'ai un gros retard sur tous les autres participants.
-Nan sans déconner ?! S'exclama Miles étonné. Je connais quelqu'un qui se présente comme président à Stanford.
-Ah ouais ? Qui ça ? Stan ? Héléna ? Jessica ? Demanda t-il.
-Ouais Héléna, dit Miles.
-Ah ! Héléna Davis, répéta Nathan avec mépris, la grande favorite de ces élections. Elle a toujours été populaire auprès de tout le monde, elle est presque sûre de gagner.
-Et toi dans tout ça ?
-Euh... moi je suis sacrément en retard, dit Nathan. Tous les autres candidats ont placardé leurs affiches depuis au moins des semaines et moi je viens seulement de les faire imprimer.
-Ah ouais dur dur, dit Miles en se concentrant sur le trafic.''

Un petit silence s'en suivit durant lequel Miles les conduisit sur l'autoroute tandis qu'à l'arrière, Nathan marmonnait une sorte de discours.
''-Et toi t'es étudiant à Stanford ? S'intéressa Nathan.
-Non, j'ai pas de fac, répondit Miles, je suis juste chauffeur à temps plein.
-Ah et comment tu connais Héléna ? Demanda Nathan.
-Elle m'a abordé pour me distribuer un prospectus la dernière fois que je suis allé à Stanford.
-Ah oui ça lui ressemble bien ça, dit Nathan. Toujours là à gueuler ses slogans sur tout le campus. Comme si les affiches ne suffisaient pas.
-C'est le principe d'une campagne, dit Miles. Pourquoi tu fais pas ça toi ?
-Non, dit Nathan, je viens à peine de me dégoter le bon papier pour mes affiches. Moi je fais ma campagne tout seul alors qu'Héléna est entourée, c'est pas juste pour les petits candidats comme moi.
-Les électeurs choisiront après tout, dit Miles.
-Des électeurs qu'elle a déjà dans la poche.''

Le trajet finit par se terminer lorsque Miles s'engagea dans la voie conduisant à l'entrée du campus. Nathan le guida plus précisément jusqu'au bâtiment qui l’intéressait.
''-Voilà c'est là.''
Miles stoppa le véhicule et Nathan ouvrit la porte près de lui.
''-Bon eh bien merci, dit-il en serrant la main de son chauffeur d'aujourd'hui.
-Bon courage pour tes élections, dit Miles avec un clin d’œil.''
Nathan referma la porte et s'éloigna avant de complètement disparaître de la vue de Miles.

La journée n'était pas aussi radieuse que la dernière fois que Miles était venu. Le ciel était grisâtre par endroits, le vent s'intensifiait de plus en plus et une pluie était sûrement à prévoir. Les pelouses de la fac étaient pour la plupart inoccupées les étudiants se contentant de passer et de se précipiter à leur prochain cours. Miles dégaina son portable et cliqua sur le contact ''Héléna'' à qui il envoya un message pour la prévenir qu'il était sur la fac et comme il s'y attendait, il n'eût pas de réponse avant une bonne demi-heure.

Miles : [17 : 36] Je suis à Stanford ça te dirait qu'on se voit ?
Héléna : [18 : 05] Je viens de sortir de cours, pourquoi pas.
Héléna : [18 : 06] Je suis au bâtiment D5.
Miles : [18 :06] J'arrive.

Miles mit le moteur en route et se mit en direction du bâtiment D5 dont lui avait parlé Héléna. Il avait hâte de la revoir. Après tout il ne l'avait vu qu'une seule fois, cet après-midi où il avait accompagné Stacey. Tout le reste s'était passé au téléphone par appels ou par messages. Miles se recoiffait rapidement en jetant un coup d’œil dans le rétroviseur tout en tenant le volant avec sa main libre. À l'approche du bâtiment il aperçu Héléna qui se tenait près du bord du trottoir et l'attendait. Elle ne fit pas attention au break qui s'arrêtait devant elle, sûrement s'attendait-elle à trouver la Chevrolet. Miles abaissa la vitre du côté passager depuis les interrupteurs sur sa porte. Héléna fut d'abord surprise de le trouver là puis ouvrit la porte pour s'installer.

''-Hey salut, dit-elle en faisant la bise à Miles, t'avais pas cette voiture la dernière fois.
-Non c'est celle de ma mère, dit Miles.
-Alors, comment ça se fait que tu es ici ? Demanda Héléna alors que la voiture avançait à nouveau.
-J'ai une course qui m'a mené ici, dit-il, d'ailleurs tu le connais c'est un gars qui se présente aux élections contre toi. Un certain Nathan.
-Euh... je ne le connais pas, dit-elle en cherchant dans ses souvenirs.
-Il avait l'air de bien te connaître lui pourtant, dit Miles, pas grave. Alors qu'est-ce qu'on fai-''
Miles n'eût pas le temps de finir que le téléphone d'Héléna sonna, le coupant dans sa phrase.
Héléna décrocha et colla le téléphone à son oreille enchaînant ensuite avec une série de ouais, hun hun, ok. Elle rangea le téléphone dans son sac à peine quelques secondes seulement après avoir décroché.
''-Miles je suis désolée mais on vient de m'appeler pour une urgence, soupira t-elle.
-Une urgence ? Répéta t-il.
-Ça concerne ma campagne et ça peut durer longtemps, dit-elle en lançant un regard désolé.
-Je te dépose où ? Demanda Miles.''

Il la déposa là où elle lui avait demandé de l'emmener. Héléna détacha sa ceinture et fit la bise à Miles.
''-Merci de m'avoir accompagnée, dit-elle, et je suis encore désolée de devoir te lâcher.
-Argh t'inquiète pas je t'ai dit, lança Miles en souriant.''
Héléna ouvrit la porte du côté passager et descendit de la voiture.
''-Eh... je pensais... je voulais te demander... enfin, je connais un petit resto sympas sur la 101, le Freeway's Dinner, ça te dirait qu'on se voit là bas... vendredi ? Proposa t-il, pas sans quelques bégaiements.
-Ouais bien sûre, dit-elle, on se dit ça par message.
-Ça marche, dit Miles en lui faisant un signe de la main.''
Elle claqua la portière et s'éloigna vers une fille apparemment paniquée qui l'attendait.

Le vent se levait sur la fac, balayant les feuilles au sol et jouant avec les cheveux d'Héléna dans tous les sens. Elle entendit la voiture s'éloigner derrière elle et avança vers la fille qui l'attendait un peu plus loin. C'était Kim, une amie à elle et aussi un membre de son équipe de campagne. Elle était brune, habituellement bien coiffée mais ce soir là ses cheveux étaient mis à rude épreuve par le vent. Elle avait des yeux marrons qui regardaient Héléna avec un regard inquiet et inquiétant et elle portait un pull noir avec le logo de la fac ainsi qu'une jupe et des collants comme Héléna.
''-Qu'est-ce qu'il y a ? Demanda Héléna inquiète.
-Ton affiche, se contenta de dire Kim.''
Héléna se tourna vers son affiche placardée sur le bâtiment juste derrière son amie. Il y avait des traces de peinture écrivant quelque chose d’illisible par Héléna. Elle se rapprocha, suivie de Kim, histoire de déchiffrer les inscriptions. Instantanément, une odeur s'infiltra dans les narines d'Héléna et Kim, leur montant à la tête. C'était l'odeur d'une bombe, la peinture était toute fraîche et dégoulinait encore par endroit.
''-Vendetta, lisait-elle à voix haute.
-Et regarde, dit Kim en pointant un coin de l'affiche de doigt.''
Il y avait un couteau planté profondément dans l'affiche et dans le mur derrière. C'était en plein dans sa photo sur l'affiche, le couteau était enfoncé en pleine tête.
Héléna lança un regard peu rassuré à Kim avant de remarquer que quelques élèves s'étaient rassemblés autour, intrigués par cette inscription.

Héléna était pétrifiée sur place. Elle ne savait pas si c'était la menace qui était portée contre elle ou si c'était l'humiliation devant tous ces autres étudiants qui l'empêchaient de bouger. Les murmures que prononçaient les élèves derrière elle paraissaient mille fois plus forts à ses oreilles.
L'incertitude laissa place à la fureur. Elle se dirigea vers le couteau et saisit le manche avant de tirer de toutes ses forces. Le couteau ne bougea pas d'un centimètre et elle s'épuisa pour rien, se ridiculisant devant tous ces étudiants incompréhensifs. À la place, elle saisit un coin de l'affiche et l'arracha complètement du mur avant de la replier sur elle même.
''-Bon ! Y a plus rien à voir, dit-elle à l'attention des badauds.''
Elle fit signe à Kim et toutes deux s'éloignèrent de ce lieu théâtre de son humiliation.

''-Une vendetta contre toi ? Demanda Kim. Mais qui pourrait vouloir se venger de toi ? Et pourquoi ?
-Je suis sûre que c'est Stan White ! Dit Héléna folle de rage.
-Lui ? Mais pourquoi ? Demanda Kim.
-C'est mon concurrent le plus sérieux, dit-elle.
-Et alors ? Il y a d'autres concurrents qui pourraient vouloir t'intimider.
-C'est pas ce que me dis mon intuition, dit Héléna, crois moi qu'elle ne m'a jamais déçue.
-Mais alors qu'est-ce que tu vas faire ? Demanda Kim.
-Je ne vais pas me laisser intimider, il faut que je continue ma campagne, dit fermement Héléna.
-Héléna ça devient dangereux pour toi là, s'inquiéta Kim, tu as vu ce qu'ils font aux premières années pour les bizuter ici ?
-Je ne suis pas de nature peureuse, dit Héléna, ce n'est pas en cédant à l’oppression que je vais réussir à faire quoi que ce soit.
-Hmmm... soupira Kim, très bien, je vois que tu es déterminée, mais fais attention à toi hein ?
-Bien sûr, dit Héléna.''

La fin de la semaine se déroula sans accrocs. Stan semblait laisser Héléna tranquille et elle pu profiter de ces quelques jours de ménagement pour remettre de l'ordre dans ses cours et se détendre un peu. Le week-end approchait et elle pourrait bientôt retourner sur San Francisco pour passer quelques jours avec sa famille comme elle le faisait chaque week-end. Mais avant elle avait un rendez-vous avec Miles au Freeway's Dinner. Il avait proposé de venir la chercher directement à la fac mais elle avait insisté pour prendre le bus comme à son habitude et le retrouver là bas. Ils avaient donc convenu d'un rendez-vous à 19h30 là-bas.

Héléna s'était préparée du mieux qu'elle avait pu. Elle ne voulait pas paraître trop habillée, après tout ce n'était qu'un rendez-vous dans un restaurant de moyenne gamme, mais elle voulait tout de même sortir de l'ordinaire et taper dans l’œil de Miles. Tout ce choix s'articulait au sein d'une garde-robe à moitié saccagée par Stan, elle ne portait pas ce qu'elle avait de mieux, mais vu ses moyens c'était amplement suffisant. Ce soir elle mettrai une chemise à manches courtes rouge, un jean moulant noir et une paire d'escarpins noirs qu'elle gardait pour les grandes occasions. Elle passa de longues minutes à peaufiner le lissage de ses cheveux habituellement un peu plus chaotiques, mais ce soir ils étaient tous droits à la verticale, descendant jusqu'à ses épaules dans un mouvement uniforme. Elle mit un coup de rouge à lèvres vif et appliqua phare à paupières au dessus de ses yeux histoire de creuser un peu plus l'apparence de ses arcades. Elle était fin prête à se rendre à son rencard.

De son côté, Miles avait du se préparer à la va vite en rentrant d'une course. Il prit une douche aussi rapidement qu'il pu, il s'habilla avec ce qu'il avait de mieux et de propre et se mit directement au volant de sa voiture pour se rendre au dinner. Ce soir il s'y rendait avec une simple veste arborant des tâches de plusieurs nuances de gris style camouflage, un jean et sa paire de baskets habituelles. Il espérait que ça suffirait à Héléna comme habillement. Après tout c'était lui qui avait eu l'idée de ce rencard mais il ne savait même pas comment le considérer ni à quel point il était sérieux. Il se contentait de s'habiller plutôt simplement et il verrait une fois sur place comment Héléna s'était habillée.

Miles fonçait sur l'autoroute à la sortie de la ville. Le curseur de vitesse de son tableau de bord ne cessait d'osciller autour de la limite acceptable. Le moteur grondait sévèrement et les autres véhicules sur les files de part et d'autre de Miles semblaient filer à une vitesse impressionnante vers l'arrière à mesure qu'il les dépassait. Une fois arrivé, il emprunta l'entrée du parking du Freeway's Dinner et y gara sa voiture.
''-19h29, pile à l'heure, se dit-il à voix haute en entrant.''
Le dinner n'était pas très remplit en ce vendredi soir, seules 3 tables sur 10 étaient occupées et il n'y avait qu'une seule personne au comptoir. Miles s'installa à une table libre un peu à part.

Jusque là tout se passait comme prévu : il était arrivé sans avoir à croiser Stacey qui venait de finir travailler, il avait trouver une table sans le moindre mal et il ne transpirait pas. Seule Héléna manquait, mais elle ne devrait pas tarder à arriver, après tout les bus sont imprévisibles. Miles reçut une première visite d'une serveuse qui lui proposait de prendre sa commande, mais il lui expliquait qu'il attendait quelqu'un. Mais elle ne tarda pas à revenir une seconde fois pour s'assurer qu'il ne voulait toujours rien commander. Héléna avait au moins 20 minutes de retard et Miles commençait vraiment à s'impatienter. Miles lui avait envoyé trois messages mais elle ne les avait même pas ouverts.

Environ une heure plus tôt...

Héléna parcourait le campus en direction de l'arrêt de bus qu'elle prenait chaque vendredi soir. Elle tentait de renouer les liens perdus avec les chaussures à talon en essayant de soigner un peu plus chaque pas pour être parfaitement prête à marcher élégamment en arrivant devant Miles. Comme chaque week-end la fac était vidée de ceux habitant dans les environs qui rentraient chez eux. Les étendues d'herbe et les chemins de la fac étaient étonnement vides. Héléna était seule à parcourir la plupart des chemins par lesquelles elle passait. Elle ne croisait que brièvement quelques autres étudiants mais elle était seule la plupart du temps.

Elle pressa le pas lorsqu'elle prit l'habitude de marcher en talon et qu'elle remarqué qu'un bus allait bientôt passer. Elle avait cette sensation étrange et dérangeante d'être suivie mais dés qu'elle se retournait elle ne trouvait qu'un trottoir vide qu'elle venait de parcourir ou quelques étudiants lointains qu'elle avait croisé auparavant. Elle ne perdait donc plus de temps à se retourner et se dépêchait de rejoindre son bus qui ne devrait pas tarder à arriver. Elle sortit son téléphone de son sac à main histoire de vérifier une fois de plus l'heure. 18h45, elle n'avait plus que 3 minutes pour se rendre à l'arrêt de bus.

Elle y était presque, elle prit un raccourci un peu isolé entre deux bâtiments pour aller plus vite. Héléna s'apprêtait à ressortir sur un trottoir un peu plus large et mois isolé mais quelque chose, comme une jambe, vint balayer ses propres jambes et elle se retrouva en moins de deux à terre, cassant la talon de son escarpin gauche au passage. En tombant au sol elle vit une silhouette encapuchonnée se tenir debout au dessus d'elle. Elle ne put pas identifier son mystérieux agresseur, aveuglée par les derniers rayons de soleil de cette fin de journée. La mystérieuse personne au dessus d'elle s'agenouilla à côté d'elle mais Héléna ne lui laissait pas le temps de faire quoi que ce soit. Elle saisit son sac à main tombé près d'elle et frappa l'inconnu avec. Elle se releva comme elle le put et commença à courir en direction de la sortie de la petite ruelle. À la seconde où elle s'apprêtait à crier à l'aide, une main vint s’aplatir contre le bas de son visage, couvrant son nez et sa bouche avec une sorte de chiffon. Un parfum intense s'infiltrait par ses voies respiratoires. L'inconnu se colla contre un mur avec Héléna captive qu'il maintenait contre lui. Elle se débattait avec entrain mais elle n'était pas de taille face à son agresseur et elle commençait à s’affaiblir. Plus elle se débattait, plus elle avait besoin de respirer et plus elle inhalait le mystérieux produit qui couvrait son nez et sa bouche, plus elle se sentait partir. Cela dura peut-être une ou deux minutes, Héléna ne le savait pas, en tous cas assez longtemps pour que sa seule source d'air soit ce chiffon imbibé de chloroforme.

Après ça, le black-out total, plus rien. Une longue absence cérébrale la laissant sujette à n'importe quoi. Rien, tout simplement.

Héléna finit par reprendre connaissance. Elle ne fut pas tout de suite consciente, mais elle était là, réveillée pour de bon. Après plusieurs minutes d'éveil sans rien comprendre de ce qu'elle voyait, ressentait ou même pensait, elle retrouva à peu près connaissance. Une lourde fatigue envahissait encore ses paupières qui se levaient difficilement par dessus ses yeux. Elle eût quelques flashs avant de se souvenir complètement de la situation dans laquelle elle se trouvait avant d'être inconsciente. Automatiquement elle eût un spasme en reprenant possession de son corps immobile depuis un long moment. Un sentiment de malaise l'envahit alors instantanément. Le sang froid circulant dans ses membres atrophiés par la position inconfortable dans laquelle ils se trouvaient. Cette sensation de picotements dans les bras, les jambes et jusqu'au bout de ses doigts.

Malgré ses yeux ouverts, Héléna finit par se rendre compte qu'elle n'y voyait rien depuis qu'elle avait émergé de son sommeil indésirable. Elle eut une sueur froide en pensant à l'idée qu'elle pourrait être aveugle, mais cette crainte se révéla inutile lorsqu'elle ressentit la pression d'un tissu resserré tout autour de sa tête en passant par ses yeux et resserré à l'arrière de son crâne.

À mesure que la sensation de picotements s’atténuait un peu partout dans son corps, Héléna finit par ressentir à nouveau correctement ses membres qui semblaient étirés chacun en haut et en bas d'elle. Elle s'étira et ressentit des entraves aux niveaux des poignets et des chevilles, déclenchant un petit bruit métallique qui ne rassurait pas Héléna. Elle était attachée ! Instinctivement elle tirait sur ses poignets et essayait de plier les genoux histoire de tester la résistance et les limites de ce qui la maintenait dans cette position en X. Le sentiment de malaise d'Héléna doubla, elle sentait les poils se hérisser sur ses bras. Ce sentiment de chair de poule la rendait encore plus méfiante et mal à l'aise. Désormais son corps était en alerte et méfiant et tout ce qui pourrait la toucher serait ressenti plus intensément par Héléna.

Elle détestait cette position. Déjà que se retrouver attachée n'était pas une situation qu'Héléna affectionnait, tous ses points sensibles étaient exposés. Ses côtes, son ventre,son torse, son bassin. Elle craignait de recevoir des coups de poing ou quoi que ce soit d'autre qui pourraient venir heurter ces points sensibles. Elle devait se tirer de là !

Elle resserra les poings et essaya d'extraire ses poignets des liens maintenant ses bras de part et d'autre. Cela marchait ! Héléna eût une lueur d'espoir en sentant ses poignets glisser doucement contre la sangle en cuire qui les retenait. Seulement, ce mouvement fut interrompu par l'arrivée de sa main à proximité de la sangle. Instantanément elle fut bloquée dans sa tentative quand sa main se bloqua dans l'étroit passage de la sangle. Elle était bel et bien bloquée.

Elle finit par comprendre qu'elle ne pourrait pas s'échapper d'ici. Alors elle tentait de se rassurer en cherchant les points positifs qui subsistaient malgré la situation. Déjà elle était encore habillée ! Tout semblait être encore là : elle sentait sa chemisette coller ses hanches et retenir ses seins avec son soutien-gorge, son pantalon moulait encore ses jambes et elle sentait encore ses escarpins dont la semelle parcourait la plante de ses pieds. Aussi elle n'était pas blessée, ne ressentait aucune douleur ou quoi que ce soit d'autre qui pourrait indiquer qu'elle avait à faire à un agresseur violent. Après tout ce n'est que de l'intimidation, se dit-elle pour se rassurer.
Beaucoup de choses passaient par sa tête. De la peur, de l'incompréhension mais aussi une bonne dose de courage. Héléna réprimait toutes ces faiblesses et gardait la tête haute, ne se laissant pas abattre. Elle l'avait dit : elle ne se laisserait pas intimider; et elle tiendrait parole.

Héléna ne sut pas combien de temps passa ensuite. Cinq, dix ou peut-être quinze minutes s'écoulèrent durant lesquelles l'absence totale d'action lui donnait une entière confiance en elle. Elle se mit en tête d'essayer de découvrir où elle se trouvait, après tout elle pourrait peut-être crier à l'aide. Elle cessa de bouger, ferma les yeux malgré la présence du bâillon et ralentit le rythme de sa respiration.
Rien. Seul un petit grondement sourd était audible sans vraiment qu'Héléna puisse en deviner la provenance ni même l'origine. Elle chercha encore plus loin, se concentrant pour essayer d'entendre même des bruits irréguliers ou subits.
Un klaxon ! Remarqua t-elle.
Il y avait quelques bruits de voitures audibles en continue et atténués par la fenêtre et les murs de la pièce. Ces bruits étaient audibles depuis un bon moment déjà, mais ils faisaient partie du décor auditif et Héléna n'avait, jusque là, pas pris le temps de le décomposer. Elle remarqua d'autres bruits comme ça qui étaient audibles depuis un bon bout de temps : une horloge, les craquements d'une sorte de meuble en boit, le bourdonnement d'une sorte d'ampoule et quelque chose de bien plus inquiétant.
Héléna fronça les sourcils derrière le foulard, elle entendait quelque chose de périodique mais presque irrégulier, quelque chose d'organique, de vivant. Une respiration ! En découvrant ce son présent depuis le début de sa présence ici, Héléna prit peur et sursauta, poussant un cris.
''-Aaaaarghzf ! Hurla t-elle.
-Ouaf ouaf ! Ouaf ! Ouaf !''

Héléna sursauta en entendant ces aboiements. Il y avait donc un chien dans la pièce où elle était. Elle avait du le réveiller en hurlant. Elle avait eu une petite frayeur mais au moins elle savait que le seul être vivant avec elle était une bête apparemment inoffensive. Quelques petits cliquetis retentirent au sol, se rapprochant d'elle. Le chien venait vers elle. Elle sentit comme une petite boule humide qui entra en contacte avec le dos nu de son pied droit et qui parcouru son pied jusqu'à sa cheville. Le chien la reniflait, elle l'entendait inspirer et expirer vivement, ressentant son souffle contre son pied. Il donna un coup de langue le long du dessus de son pied et sembla faire demi tour. Héléna sentit une dernière fois la queue du chien contre sa cheville avant de l'entendre s'éloigner vers là où il était auparavant.

Malgré le soulagement que révélait la présence du chien, Héléna n'était pas tirée d'affaire, son propriétaire ne tarderait pas à rentrer à la maison. Peut-être était-il même déjà là, observant sa proie qui tentait de se libérer et sursautait à chaque découverte de plus sur la situation. Ce taré devait aimer ça, la voir souffrir, désespérée et captive, complètement à sa merci.

Une série de bruits de pas retentirent de l'autre côté de la porte, de plus en plus forts. Le chien semblait s'activer subitement, se déplaçant à nouveau dans la pièce et commençant à aboyer à nouveau. Le sang d'Héléna se glaça, son kidnappeur arrivait, il était tout prêt. Que faire ?
Héléna paniqua sur place et commença à pousser quelques couinements de frustration et de peur. Un bruit strident retentit dans la pièce : c'étaient les clés dans la porte.
Héléna détendit tout son corps et laissa tomber sa tête, simulant un sommeil. Cela ne la sauvait pas mais au moins elle pourrait peut-être tenter d'en savoir plus sur son agresseur si elle prétendait être inconsciente.

La porte s'ouvrit et il y eut plein de petits claquements au sol, sûrement le chien qui sautait sur son propriétaire. La porte claqua et il y eût une série d'autres cliquetis au sol causées par les pattes griffus du chien. Ce nouvel arrivant glaçait le sang d'Héléna, il ne faisait aucun bruit. Les seuls indicateurs d'Héléna sur sa position étaient les sons émis par les pattes du chien qui suivait son maître de part et d'autre de la pièce. Elle n'était pas rassurée, elle qui avait réussi à garder son self-control jusque là, se retrouvait incapable de dire où était ou ce que faisait le propriétaire. Quand bien même elle entendait le chien le suivre, elle savait qu'il avait quelques secondes de retard dans l'itinéraire que lui et son kidnappeur empruntaient. À chaque fois qu'elle entendait le chien se rapprocher un temps soit peu d'elle, elle se disait que le kidnappeur devait sûrement déjà être derrière elle. Puis la chien repartait un peu plus loin ou elle entendait un bruit de placard qui claque au fond de la pièce la rassurant.

En tous cas sa stratégie fonctionnait, son kidnappeur ne semblait pas s’intéresser à elle si elle n'était pas réveillée. Mais combien de temps cela durerait-il ? Pourrait-elle tenir tout ce temps, attachée dans cette position inconfortable sans faire le moindre faux pas qui pourrait la trahir ? Son agresseur allait-il finir par sortir à nouveau de la pièce ? Où peut-être qu'il allait lui forcer la main et la réveiller brutalement ?
Héléna n'en savait rien. Elle se contentait de tendre l'oreille tout en gardant sa tête baissée et en essayant de bouger un minimum.

Dans un coin de la pièce, il y eût une série de bruits peu ragoûtants. Le chien était sûrement entrain de manger dans sa gamelle, ce qui voulait dire qu'il ne suivait plus son maître et qu'Héléna n'aurait plus aucune indication sur son emplacement.

Les minutes passèrent, ou peut-être même les heures. Héléna n'en savait rien du tout. Privée de la plupart de ses sens, le temps semblait défiler au ralentit. Elle fut tentée à plusieurs reprises d'affronter la situation en face et de faire semblant de se réveiller pour voir ce qui allait se passer, mais elle n'eût jamais le cran de passer ce cap. Elle se donnait des petits comptes-à-rebours au bout desquels elle était censée se lancer mais elle n'y arrivait jamais et comptait à nouveau.

Soudain, un son strident et subit lui força la main. Elle sursauta en entendant cette espèce de long grésillement derrière elle. Ça ressemblait au bruit d'une poêle huilée sur le feu. Elle sursauta en entendant le bruit et en se rendant compte qu'il venait de derrière son dos. Il y avait donc encore de l'espace derrière elle. Même après tout ce temps enfermée ici, la pièce continuait à révéler des secrets qu'Héléna ne soupçonnait pas.

Elle priait pour que son agresseur ne l'ait pas vu sursauter. Mais avec ce bruit tonitruant juste derrière elle, Héléna ne savait plus où tendre l'oreille pour avoir des indications. Et puis cette position avec la tête baissée ne l'aidait pas à accroître ses capacités auditives. Cette pièce qui s'était d'abord révélée amicale avec tous ses indices sonores lui tendait désormais de nombreux pièges tous plus fourbes les uns que les autres.

Qu'est-ce que c'était ?! Pensa t-elle alors que son sang se glaça dans ses veines.
Quelque chose venait de lui effleurer le visage. C'était une main, celle de son kidnappeur. Ce taré lui caressait le visage pendant qu'il la pensait endormie. Héléna était pétrifiée sur place. Elle qui pensait d'abord à une simple tentative d'intimidation était désormais plus mal à l'aise à l'idée que ce taré la touche. Elle détestait ça ! Elle se sentait impuissante, était immobilisée, habillée léger et en prime, il y avait un taré qui commençait à la tripoter.
Elle ne put s'empêcher d'avoir quelques expressions faciales qui trahissaient son malaise.
La main caressait sa jour, parcourait son menton, se perdait dans ses cheveux, etc... Puis les mouvements doux se transformèrent en tapotements.
''-On se réveille, dit-il d'un ton tout doux près de l'oreille d'Héléna.''
Elle essaya d'analyser la voix qui venait de parler. Était-ce quelqu'un qu'elle connaissait ? Était-ce Stan White ? Elle n'en savait strictement rien. Cette voix pouvait être celle de n'importe qui.
Au moins, elle savait que son agresseur était un homme.

La deuxième main de l'agresseur se joint à l'autre autour de son visage, caressant désormais ses deux joues simultanément, passant ses pouces contre ses sourcils, rabattant les mèches de son lissage ruiné sur le côté. Deux doigts saisirent les pommettes d'Héléna et jouèrent avec tandis que les doigts de l'autre main s'aventuraient sur ses lèvres.
''-Ça suffit, arrêtez ! Dit-elle en remuant la tête.''
Les mains de son agresseur semblaient avoir disparues, Héléna ne sentait plus rien. Plus aucune nouvelle de lui pendant au moins une bonne minute. Héléna ressentait à nouveau cette angoisse de ne plus savoir où il était dans la pièce.

''-Bienvenue Héléna Davis, une voix un peu plus loin dans la pièce.''
Ce n'était pas une voix normale. Il utilisait une sorte de modulateur de voix qui donnait un ton robotique et déformé à sa voix. Pas franchement rassurant, se dit Héléna.
''-Tu dois sûrement te demander pourquoi je t'ai enlevée et attachée, dit-il.
-Pour essayer de m'intimider et que je retire ma candidature, dit Héléna en ne rentrant pas dans le jeu de la victime apeurée.
-Euh... Ouais ! Exactement ! Dit l'agresseur pris au dépourvu.
-Bah alors qu'est-ce que t'attends ? Une rançon ? Ou tu vas me libérer ? Dit Héléna pleine de confiance face à cet inconnu visiblement pas sûr de lui.
-À vrai dire j'avais en tête quelque chose de différent... Quelque chose qui va beaucoup t'amuser et moi aussi d'ailleurs.''
Ce mec devenait de plus en plus malsain. Chacune de ses phrases et le ton avec lequel il les prononçait mettait Héléna très mal à l'aise.

Un autre long moment de silence suivit ce petit échange entre kidnappeur et kidnappée. Il se déplaçait dans la pièce, Héléna le sentait. Une fois de plus elle ne savait pas où, mais ce n'était pas bon signe. Désormais l'agresseur la savait éveillée et tous ces détails qu'il avait donné sur le fait que ça allait ''amuser'' Héléna plongeaient la jeune candidate dans un état de confusion.
Qu'allait-il bien pouvoir lui faire ? Héléna priait pour qu'il ne lui fasse pas de mal, mais en même temps ce genre de situation ne laissait pas vraiment d'autre issue qu'un châtiment corporel.
Elle sentait un sentiment de chair de poule envahir ses bras et ses jambes, comme si son corps avait capté une menace qu'elle ne pouvait pas encore comprendre.

''-J'espère pour toi que tu n'es pas chatouilleuse, dit la voix métallique toute proche de son oreille.''
Cette voix métallique, cette proximité avec son oreille et cette phrase si malsaine, tout cela déclencha un immense frisson qui parcouru tous les membres d'Héléna et descendit le long de son dos. Elle s'attendait à tout sauf à ça. Des chatouilles ? Sérieusement ? Certes c'était ridicule mais Héléna savait que c'était très dérangeant et n'avais jamais été chatouillée plus de quelques secondes alors saurait-elle résister alors qu'elle était attachée et complètement à la merci de son agresseur ? Rien n'était moins sûr...



Cela faisait maintenant trente bonnes minutes que Miles glandait à sa table. Aucune nouvelle d'Héléna, aucune réponse à ses messages ni même à ses appels. Les tables du dinner commençaient à se remplir et Miles se voyait obligé de commander quelque chose pour garder la sienne. Est-ce qu'Héléna avait eu un empêchement ? Est-ce qu'elle était en danger ? Elle lui avait sûrement juste posé un lapin. Après tout, Miles ne la connaissait que depuis quelques semaines et ne savait pas grand chose d'elle. Peut-être qu'elle n'avait juste plus voulu venir...

La serveuse arriva avec le plat qu'avait commandé Miles pour garder sa place : une simple salade et du poisson. Miles commença à manger, tout seul, observé par la serveuse à qui il avait dit qu'il attendait quelqu'un. Au moins il y avait de l'ambiance autour de lui. Les gens aux autres tables étaient plutôt joyeux. À une table une famille fêtait l'anniversaire d'une petite fille, à côté deux amis mangeaient un morceau, une autre table était occupée par un couple. Même au comptoir il y avait deux inconnus qui venaient de faire connaissance et discutaient de tout et de rien avec un serveur.
Seule la table derrière la baquette où était Miles semblait moins animée que les autres. C'étaient quatre hommes plutôt bien habillés qui faisaient quelques messes basses, tous seuls à l'autre bout de la table près du juke-box qui diffusait en boucle la même chanson.

Miles, qui s'ennuyait depuis on bon bout de temps, se leva et se dirigea vers le juke-box. Les quatre clients à la table furent intrigués par son arrivée et le regardèrent d'un air menaçant sans même que Miles ne les remarque. Il fouilla dans sa poche et sortit une pièce qu'il inséra dans la fente du juke-box. Il prit quelques secondes pour choisir et appuya sur un bouton qui sélectionna une nouvelle musique. Immédiatement, un nouveau vinyle fut placé dans la liseuse et une nouvelle chanson commença.



''-Eh ! Notre musique était pas finie, dit l'un des hommes à la table.
-Cette musique s'est finit y a 5 minutes elle faisait que tourner en boucle, dit Miles contrarié, vous êtes pas tous seuls ici.''
Il retourna à sa place, dos aux quatre mécontents à la table, et continua à manger sa salade et son poisson.
L'un des hommes derrière lui se retourna et s’accouda sur le dossier de leur banquette dos à dos.
''-Je crois que t'as pas très bien compris, dit-il, t'es nouveau dans le coin non ?
-Qu'est-ce que ça change ? Demanda Miles en s'interrompant une fois de plus de manger.
-Ici quand on met notre musique, personne ne la change, dit-il.
-Tu vas pas pleurer comme une musique, dit Miles sur un ton insolent.
-On dirait que ce gamin ce paye notre tête, dit l'homme en se retournant vers les autres.
-Sérieusement ? Tout ça pour une musique ? Demanda Miles en se retournant.''
Lorsqu'il se retourna il tomba sur les quatre hommes, la quarantaine chacun, en costard, le visage menaçant. Il reconnut trois des hommes à la table. C'étaient les trois clients à l'air mafieux qu'il avait déposé dans un entrepôt non loin d'ici il y a quelques semaines.

Miles regarda attentivement chacun d'entre eux et remarqua que chacun laissait délibérément dépasser la cross d'un revolver sur leurs genoux. Miles eût une sueur froide et resta figé à les regarder sans savoir quoi dire ou bien quoi faire.
''-Donc maintenant tu retourne tranquillement manger ta... salade, dit l'un d'entre eux en jetant un coup d’œil à son assiette.''
Miles s'exécuta et recommença à manger son plat.

Il n'y avait finalement plus aucune raison qu'il reste ici. Il était tout seul à son rencard, des espèces de caïds lui cherchaient des noises et le poisson avait refroidi. Miles laissa une assiette à moitié pleine et régla au comptoir avant de se rendre au parking pour retourner à San Francisco.
Il se mit au volant de sa voiture et inséra les clés dans le contact. Le moteur gronda à mesure qu'il tournait la clé puis s'arrêtait. La voiture en faisait des siennes et c'était vraiment pas le moment. Il tapa un coup sur le volant avant de coller sa tête contre celui-ci, complètement désespéré. Quelle journée de merde.

Toc toc toc.
Miles releva la tête, surpris d'entendre ces trois coups contre la vitre de la portière. À l'extérieur, se trouvait une jeune fille habillée en serveuse du dinner. Il la reconnaissait, c'était elle qui l'avait servit aujourd'hui. C'était une brune avec une visage tout mignon. Elle portait la tenue à merveille et la barrette comprise dans l'uniforme attachait à merveille ses cheveux légèrement bouclés.

Miles abaissa la vitre et se mit à la fenêtre comme pour lui demander ce qu'elle voulait.
''-Hey, dit-elle, je t'ai vu te prendre la tête avec les quatre gars là bas.''
Miles la regarda comme si il attendait la suite.
''-T'es le frère de Stacey n'est-ce pas ? Demanda t-elle.
-Ouais, dit Miles, elle t'a parlé de moi ?
-En faite je t'ai déjà vu plusieurs fois ici, dit-elle. Fais attention à qui tu parles dans le coin.
-Pourquoi ça ?
-Ces types là ça fait plusieurs fois qu'ils viennent dans notre établissement et ils ont vraiment l'air louche. Ils se retrouvent toujours autour de la même table et mettent la même chanson au juke-box et ils sont toujours rejoints par un quatrième individu mais ce n'est jamais le même. Ensuite ils parlent à voix basse pendant au moins une heure, expliqua t-elle. Ils sont louches.
-Appelez la police, dit Miles.
-On ne peut pas juste appeler la police parce que des clients ont l'air louche, dit-elle. Enfin bref, c'est juste un conseil que je te donne.
-Ok eh bien merci euh... dit Miles en lui suggérant de se présenter.
-Juliette, dit-elle.
-Merci Juliette, dit Miles en lui souriant.''
Miles tenta à nouveau de tourner les clés dans le contact et cette fois-ci la voiture démarra. Il manœuvra dans le parking pour s'engager sur l'autoroute tandis que Juliette le regardait s'éloigner.

''-J'espère pour toi que tu n'es pas chatouilleuse.''
L'agresseur était débout derrière Héléna, attachée sur une sorte de X monté à la va vite en plein milieu de la petite pièce. La pièce ressemblait à une chambre d'étudiant sur-équipée avec un coin douillet avec un lit, un bureau et un canapé devant une télé et un coin comprenant un comptoir de cuisine avec des plaques chauffantes, un micro-onde et un frigo. Héléna était là,debout, immobile, et aveugle au milieu de tout ça avec un mystérieux bourreau derrière elle et un chien circulant dans tout ça.

L'agresseur plaça ses mains de part et d'autre du buste d'Héléna, saisissant ses hanches. Elle sentit le tissu de sa chemisette s’aplatir contre ses flancs et se durcir pour épouser les formes des doigts du bourreau qui débutaient dés lors à presser les hanches. Elle ferma les yeux sous son bâillon et serra ses lèvres pour se retenir de rire. Les dix doigts étonnement fins de son bourreau parcouraient ses hanches de haut en bas, s'arrêtant pile aux limites entre le bassin et les côtes. Elle sursautait par moment à mesure que les doigts variaient leurs mouvements, donnant par moments un coup de rein sur la gauche, puis subissant l'entièreté des chatouilles de la main gauche avant de revenir sur la droite et de subir à nouveau entièrement les chatouilles de la main droite. Malgré tout elle ne riait pas. C'était difficile mais elle parvenait à retenir ou réprimer toute envie de rire à gorge déployée. Mais elle ne tiendrait pas longtemps à ce petit jeu là. Jusque là elle se montrait plutôt résistante et faisait en sorte de ne donner aucune satisfaction à son bourreau mais elle se connaissait et savait qu'elle finirait par craquer à un moment.

Les deux mains finirent par laisser un peu tranquilles ses hanches au dépend de la tranquillité de ses côtes. Le bourreau posa ses mains contre les petites bosses osseuses qu'il sentait à travers la chemisette. Héléna laissa échapper un petit rire d'une micro-seconde en sentant les doigts contre ses côtes, mais elle tenait le coup et ne riait pas. Héléna découvrait cette sensation désagréable à un nouveau stade qu'elle n'avait jamais expérimenté avant. Cette fois-ci elle ne pouvait pas bouger et sentait l'intégralité des chatouilles là où d'habitude c'est bref et hasardeux. Chaque doigt plaquant le tissu de sa chemise sur ses côtes donnait envie à Héléna de partir dans une série de rires incontrôlables.

Les mouvements doux contre ses côtes se transformèrent vite en pincements. Les doigts pressaient désormais ses côtes, intensifiant la torture à laquelle était sujette Héléna. Ses joues se gonflaient de plus en plus, ne parvenant plus à contenir les rires qu'elle essayait de dissimuler à son bourreau. Ces dix doigts prenant d'assaut toute part de ses côtes finiraient par la rendre folle. Les quelques esquives qu'elle tentait pour se soustraire à ce calvaire ne faisaient que la bloquer dans des positions encore plus inconfortables.

Alors qu'elle commençait à trouver les chatouilles un peu plus supportables grâce à sa liberté de mouvement, le bourreau l'entoura de ses bras qu'il croisa au niveau du ventre et colla à nouveau ses mains contre ses côtes qui étaient désormais parfaitement immobiles grâce à son étreinte. Il grattouillait alors les côtes immobiles lui donnant du fil à retord pour être maintenus en place. Quelques sifflements dans la gorge d'Héléna trahissaient l'envie de rire qu'elle essayait de camoufler depuis un long moment. Combien de temps d'ailleurs ? Elle n'en savait rien. De toutes façons il devenait de plus en plus facile de réfléchir tant les chatouilles la dérangeait. Son cerveau était incapable de penser à autre chose tant la présence des chatouilles était forte. Elle laissait tomber un par un tous les remparts qu'elle s'était fixée.

L'étreinte du bourreau se desserra et bientôt, Héléna ne sentit plus les mains du bourreau qui semblait les avoir retiré de son corps sensible.
''-Alors comme ça on résiste hein ? Chuchota sa voix métallique tout près de l'oreille d'Héléna.''
Elle ne répondit pas et récupéra son souffle qu'elle venait de maintenir pendant une bonne dizaine de minutes pour se retenir de rire.

Le bourreau plaça chaque main contre un poignet d'Héléna. Il caressait son avant bras du bout des doigts, descendant tout du long. La sensation fut tout d'abord absence, Héléna ne ressentait que ses mains sans exprimer le moindre réflexe craintif. Le bourreau se rapprochait des coudes où les caresses devinrent un peu plus dérangeantes pour elle. Les mains passèrent sous le coudes et arrivèrent à la partie du bras couverte par les manches de la chemisette. Héléna ne ressentait plus rien. Elle soupira intérieurement, soulagée de cette pseudo-pause, aussi brève soit-elle. Soudain le tissus qui flottait jusque là sous ses aisselles se plaqua sous celles-ci accompagné des doigts du bourreau qui se plantèrent littéralement dans le creux de ses aisselles. Héléna sauta sur place, haussant les épaules pour tenter d'éviter la torture. C’en était trop, elle allait craquer pour de bon. Les mouvements répétés des doigts sous ses bras, le tissu flottant entre l'aisselle et les doigts rendant les attaques encore plus imprévisibles et la position dans laquelle elle s'était bloquée toute seule en rehaussant ses épaules, tout était là pour la faire péter un plomb.

Elle se croyait sur le point d'exploser de rire à chaque seconde. Grattant toujours quelques secondes de silence de plus quitte à se surprendre elle même. À ce stade, le rire serait plus libérateur que le silence qu'elle avait choisi de garder. Elle n'était plus vraiment elle même, juste un esprit physiquement et mentalement torturé dans son corps. Un esprit ne répondant plus aux mêmes priorités qu'Héléna Davis quitte à les réorganiser. Désormais elle se contrefoutait de paraître forte ou non, de dévoiler une faiblesse ou même de se plier aux exigence et de céder aux intimidations de l'agresseur. Tout ce qu'elle voulait, c'était être tirée d'affaire, soustraite à cette torture absurde.

Un moment de répit fut accordé à ses aisselles. Le bourreau retira ses mains et s'éloigna plus loin dans la pièce, laissant Héléna relâcher d'un coup son souffle, libérant en une expiration tout ce qu'elle n'avait pas exprimé en rire. Elle respirait à pleine gorge, se laissant tomber dans l'espèce de carcan qui la maintenait debout.
''-Pourquoi tu fais ça ? Dit-elle en s'adressant pour la première fois à son bourreau depuis le début des chatouilles.
-Pour que tu retires ta candidature, tu l'as dit tout à l'heure, dit-il.''
Elle serra les dents tant elle était tiraillée entre l'envie de lui céder ce qu'il demandait et celle de rester forte et de résister comme elle l'avait toujours fait.
''-Je peux pas, dit-elle.
-Courageux, observa le bourreau, mais tu sais ce que ça veut dire ?''
Héléna ne répondit pas et se contenta de soupirer.
''-Ça veut dire que je vais devoir détacher cette jolie chemise, dit-il.
-Quoi ?! Non ça va trop loin ! S'étonna t-elle en relevant la tête soudainement.''
Elle sentit les doigts du bourreau la saisir par le menton et recentrer son visage vers là où il semblait à présent se trouver.
''-Dans ce cas tout ce que tu as à faire c'est retirer ta candidature ! Dit-il sur un ton énervé, presque sauvage.''

Cette dernière phrase glaça le sang d'Héléna. Le kidnappeur l'avait prononcée sur un ton si terrifiant, presque frénétique. Elle avait presque entendu sa vraie voix qui se superposait à celle métallique et qui devenait presque audible à cette si petite distance. L'emprise sur son menton, le souffle du bourreau s'écrasant contre sa peau, l'autre main descendant doucement vers les boutons de sa chemisette, tout était là pour paralyser littéralement Héléna. Elle n'essayait même pas d'empêcher le bourreau de déboutonner ses habit, elle s'était déjà débattue auparavant et savait que ça ne menait à rien à part à des mesures encore plus restrictives pour la maintenir immobile. Elle était passive, lançant un regard vide par dessous le bâillon aveuglant resserré autour de ses yeux.

''-Mais cette élection c'est tout pour moi, dit-elle en reprenant ses esprits et en essayant de l'avoir par la pitié.
-Ça changera rien à ta vie, dit le bourreau en déboutonnant un bouton de plus, t'es bien assez populaire.
-Mais c'est pour faire changer les choses, dit-elle, je le fais pour la fac, pour proposer des idées qui me semblent être bonnes.
-Elles ne le sont pas, dit-il en détachant le dernier bouton.''
Dans un mouvement uniforme, Héléna sentit les deux pan de sa veste abandonner les courbures de ses hanches qu'ils épousaient jusque là, laissant hanches, côtes et aisselles sans protection.
''-De toute beauté ! Dit le bourreau en lâchant le menton d'Héléna, la laissant sans repère physique de ce qu'il faisait.
-Espèce de taré ! Je t'interdis de te rincer l’œil sur moi !''
Elle n'entendit plus rien pendant quelques secondes, comme si le bourreau avait disparu. Ou peut-être que justement il se rinçait l’œil à ce moment, elle n'en savait rien.
Click click.
Ce taré la prenait en photo !
''-Arrête-ça immédiatement ! Hurla t-elle.
-Essaye donc de m'en empêcher, dit-il en prenant une photo de plus.
-T'es qu'un... qu'un sale fils de pute ! S'emporta t-elle.
-Ça va te coûter cher, dit-il.''

Sans prévenir il plaça ses mains contre les hanches d'Héléna et commença à y faire gigoter ses doigts.
''-Gnnnnnh, poussa t-elle en serrant les dents.''
Elle se tortillait à nouveau, complètement sur-sensibilisée par cette longue pause l'ayant dépaysée. Contre ses hanches nues, le contact avec les doigts était encore plus dévastateur. Déjà qu'elle était simplement mal-à-l'aise à l'idée qu'il la touche, sa sensibilité en rajoutait une couche.
Les dix doigts montaient, descendaient, allaient à gauche, à droite. Caressant, grattant et même griffant chaque centimètre de peau accessible. Aucun coup de rein ne pourrait la soustraire à ces horribles mouvement tourmentant son corps sensible.

Après quelques longues minutes d'intense torture au niveau des hanches, Héléna ne sentit plus les mains de son bourreau pendant un court instant. Elle savait qu'il allait frapper à nouveau, mais elle ne savait pas où, en tous cas ça ne pouvait qu'être pire. Héléna sentit un mouvement proche de ses aisselles, comme si on rabattait le col de la chemisette sur les côtés, libérant tout accès à ses dessous de bras nus. En une fraction de seconde elle se retrouvait avec deux index qui parcouraient lentement ses aisselles de haut en bas. Par reflex, Héléna tenta de rabattre ses bras qui se retrouvèrent bloqués par les liens et incapables de protéger les creux sensibles mis à rude épreuve.

Héléna serait incapable de se retenir de rire plus longtemps, cette fois-ci c'était une évidence. Elle était bien trop pudique et chatouilleuse sous les aisselles pour avoir la force de résister comme elle l'avait fait jusque là. Bien que le simple passage léger de quelques doigts soit supportable, elle se doutait bien que le bourreau passerait rapidement au niveau supérieur. Cette pensée eût à peine le temps de traverser son esprit qu'elle sentit les passages des doigts s'appuyer contre le creux de ses aisselles. Du plus profond de sa gorge elle sentit un rire se préparer, comme une bouffée d'esclaffements incontrôlables prête à sortir à tout moment emportant avec elle la fierté d'Héléna.

Les chatouilles étaient de plus en plus intenses. Les passages des doigts étaient si rapides, comme si ils glissaient contre sa peau. Le déodorant qu'elle s'était appliquée sous les aisselles semblait même aider le bourreau dans sa démarche, rendant la peau d'Héléna toute douce et facile à parcourir. Chaque doigt glissait littéralement dans le creux de ses aisselles, suivit instantanément d'un autre plus vicieux que le précédant.

Héléna n'en pouvait plus. Elle subissait ses dernières secondes contraignante avec ces nombreux rires coincés dans sa gorge et prêts à sortir. Elle espérait au moins que ce relâchement rendrait la torture plus supportable et moins frustrante, mais elle n'y croyait pas vraiment.
''-Ahahahahaha ! Lâcha t-elle, se surprenant elle-même.''
Elle serra à nouveau les dents pour tenter de retenir les rires suivant mais ils sortirent tous dans un flot de cris incontrôlables.
''-HAHAHAHAHAHA ! Hurlait-elle en se débattant pleinement.
-Ah ! Dit la voix métallique du bourreau, je finissais par penser que tu ne me donnerais jamais cette satisfaction.
-HAHAHAHAHA ! Va te faihaiahaire foutre ! Dit-elle entrecoupée par ses propres rires saccadés.''

Le bourreau jonglait entre hanches, côtes et aisselles, n'épargnant aucune partie du haut du corps d'Héléna. Elle ne profitait plus du répit permanent auquel elle avait le droit sur certaines parties du corps lorsqu'il se concentrait sur une, désormais elle avait quelques courtes secondes de répit quelque part mais les doigts chatouilleurs du bourreau y revenaient vite pour achever le travail.
''-HAHAHAHAHAHAHA CONNARD ! Criait Héléna en se refusant à le supplier d'arrêter.''

Malgré son craquage total, elle essayait toujours de se retenir de rire à nouveau mais sans succès. Elle riait, encore et encore et savait que chaque décibel de rire qu'elle émettait était une satisfaction immense pour son bourreau. Elle n'aurait eût qu'une seule chose à faire pour arrêter ce supplice. Mais elle était trop entêtée et courageuse pour s'avouer vaincue dés maintenant.

Le bourreau se rendait bien compte qu'Héléna ne lâcherait pas l'affaire si facilement. D'habitude, n'importe qui aurait déjà lâché l'affaire, mais elle, elle continuait à résister. Il savait que ça la faisait souffrir mais étrangement elle avait la force mentale de continuer à tenir tête. Mais bon, après tout il n'avait pas encore exploré tous les points sensibles d'Héléna, peut-être que le supplice se montrerait plus concluant à d'autres endroits de son corps.

Pour la première fois depuis de longues minutes, Héléna profitait d'une pause. Plus aucune nouvelle du bourreau. Plus un seul signe de ses doigts chatouilleurs, pas un seul bruit. Même les pas du chien contre le sol redevenaient audibles. Il semblait profiter d'une nouvelle fournée de croquettes versées dans sa gamelle à en dire par les martèlements métalliques. Une fois de plus il les dévora dans un vacarme sans nom, empêchant Héléna d'entendre les bruits du bourreau, ce qu'elle avait déjà du mal à faire avant.

Était-ce finit ? Ça en avait tout l'air. Combien de temps avait son bourreau devant lui de toutes façons ? Il en avait sûrement terminé avec elle, elle l'espérait vraiment. Elle ne tiendrait plus longtemps. Si elle continuait à être soumise à tant de contraintes physiques et mentales, elle tomberait dans les pommes, elle le savait.

Elle eût des nouvelles de son bourreau là où elle ne les attendait pas et où elle craignait qu'il s'aventure. Elle sentit deux doigts entourer sa cheville. La deuxième main vint se poser sur le dos du pied à l'air et le caressa doucement.
''-Qu'est-ce que tu fais sale malade ?! Laisse-moi partir ! Hurlait-elle.
-Tu sais ce que tu as à faire, dit le bourreau, en attendant moi je vais bien m'amuser avec tes pieds.''
Héléna frissonna en entendant cette phrase si malsaine.

Le bourreau était assis par-terre, tenant le pied droit d'Héléna d'une main et le caressant de l'autre. Seul le dos du pied était accessible et la main qui caressait évoluait dans une zone très restreinte. Mais plus pour longtemps... Il lâcha son emprise sur la cheville d'Héléna et saisit le salon pointu de l'escarpin. Sans le moindre problème, et avec rien de plus qu'un petit mouvement vers le bas, il retira tout doucement la chaussure du pied d'Héléna. Il découvrit un sublime pied à peine marqué par les bords de l'escarpin. La peau laiteuse du pied se posait parfaitement sur les os des orteils dont elle épousait la forme et les mouvements. Les orteils d'Héléna étaient ornés d'un vernis rouge et se retroussant dés que le pied fut mis à nu. Le pied semblait tout lisse, pas la moindre blessure, pas la moindre usure au talon ou ailleurs.

Le bourreau détacha la sangle qui retenait son pied fraîchement dénudé prisonnier. Instinctivement, Héléna tenta d'emmener son pied le plus loin qu'elle plus du bourreau mais c'était futile. Le bourreau saisit rapidement sa cheville et ramena la jambe vers lui, posant le pied contre ses jambes en tailleurs. La plante d'Héléna tout crispée était désormais à sa merci, complètement inoffensive devant lui. Il n'y avait pas une seconde à perdre, il devait la chatouiller.

Le bourreau aventura un seul doigt en direction de la plante toute crispée. Celui-ci entra doucement en contact avec le pied, occasionnant un sursaut de la jambe toute entière.
''-Gnnnnh... gémit Héléna, parcourue par un frisson, ça ne sert à rien je n'abandonnerai pas !''
La seule réponse à laquelle elle eût vint d'un autre doigt titillant sa plante. Celui-ci fut rejoint par un autre, puis encore un et finalement les cinq doigts de la main se joignirent à la partie pour torturer la plante d'Héléna. Celle-ci forçait toujours plus sur ses orteils déjà bien repliés, comme si ça pouvait changer quelque chose à sa souffrance.
''-Hahahahahahahaha !!! Riait-elle en se débattant toujours plus.''
Elle ne parvint à rien même avec tous ces mouvements, l'emprise du bourreau sur sa cheville était trop forte. Seule sa cheville, qu'elle tentait de faire mouliner à gauche et à droite pour sauver sa plante, était encore un minimum amovible.

Malgré son emprise totale sur le pied d'Héléna, le bourreau ne parvenait pas à la chatouiller correctement, il en voulait plus. Tous ces plis sur la peau rétractée de la plante rendaient la tâche un peu plus difficile pour ses doigts. Ce qu'il voulait, c'était la saisir par les orteils pour obliger Héléna à les tendre en arrière et interdire à son pied tout répit. Il lâcha la cheville d'Héléna quelques instants avant de la placer directement sur les orteils de celle-ci. Il tira les cinq orteils en arrière, ce qui lissa la plante laiteuse, révélant une voûte plantaire très creuse. Héléna avait le genre de pied qui semble être parcouru d'un creux du talon jusqu'au haut de la plante. Il avait hâte que ses doigts aillent trifouiller là dedans. La seconde main, restée inactive, ne le resta pas longtemps et se jeta littéralement vers le pied tout tendu.

L'index fut le premier à passer contre le creux du pied. La peau, désormais tendue, était toute douce, toute lisse au toucher.
''-HAHAHAHAHAHAHA ! Hurla Héléna tout en sursautant et en commençant à gigoter sa jambe.''
Comme précédemment, l'index du bourreau fut rejoint par deux autres doigts qui grattouillaient, titillaient la voûte plantaire d'Héléna.

Il devenait de plus en plus compliqué de la chatouiller comme ça. La jambe toute entière d'Héléna n'était maintenue que que par les quelques doigts autour de ses orteils et bénéficiait donc d'une liberté de mouvement beaucoup plus importante qu'avant. Il se plaça dos à Héléna, toujours assis en tailleurs, faisant passer sa jambe sous son bras qu'il resserra contre son tibias. Il reprit son emprise sur les orteils d'Héléna et recommença à lui chatouiller le pied. Désormais il maintenait sa jambe et ses orteils immobiles.
''-HAHAHAHAHAHAHAHAHA !!! Hmmmmmmmmmmm ! Criait Héléna en bougeant tout son corps à défaut de pouvoir bouger son pied.

Désormais il chatouillait la plante tendue des cinq doigts de sa main, éveillant chaque centimètre du système nerveux de la plante de pied d'Héléna. Elle ressentait tout, incapable de bouger, subissant chaque passage d'ongle contre sa plante tendue. Ses rires furent de plus en plus entrecoupés, se transformant de plus en plus en sanglots. Le bourreau se perdait dans la torture qu'il infligeait à Héléna. Il ne s'arrêterait pas tant qu'elle ne le supplierait pas d'arrêter. Lui qui pensait qu'elle l'aurait supplié dés la première heure. Au lieu de ça elle préférait subir cette torture que de retirer sa candidature. Quelle fille bornée !

Cela faisait une bonne demi-heure qu'il ne faisait que torturer son pied. Pas la moindre pause pour lui accorder un quelconque répit, ni même une baisse de cadence pour la ménager un temps soit peu. La détermination d'Héléna avait même finit par lasser son bourreau de ses pieds. Il finit par la laisser là, immobile, inerte, transpirante, un seul pied nu qui pendait sans le moindre mouvement venant d'Héléna. Elle ne bougeait pas, semblant inconsciente. Il saisit l'écharpe qu'elle avait autour du visage et la souleva légèrement pour voir l'état de ses yeux. Ils étaient fermés, ses sourcils froncés. Elle était inconsciente, ce qui expliquait l'arrêt des rires depuis quelques minutes.

Le bourreau reposa le coin de l'écharpe sur son œil et tapota sa joue. Les paupières d'Héléna papillonèrent sous l'écharpe à mesure qu'elle émergeait de l'inconscience.
''-Alors ? Tu t'entêtes toujours à te présenter ? Demanda le bourreau.
-Je l'ai déjà dit : je me présenterai à cette élection quoi qu'il arrive, affirmait-elle toujours.''
Elle n'entendit plus rien. Il y eût un enchaînement de claquements au sol comme si il faisait les cent pas.
''-PUTAAAAIN ! Cria t-il.''
Ce cris effraya Héléna. Le déformateur de voix s'était enraillé à cause du volume élevé du cris et cela sonnait comme une sorte de voix robotique à faire froid dans le dos.
''-Tu refuses de laisser tomber hein ?! Dit-il.''
Héléna ne répondit pas, toujours sous l'effet de son cris effrayant.
''-Très bien, c'est ce qu'on va voir ! S'énerva t-il.''
Sans même prévenir, il frappa d'un crochet du droit contre le visage d'Héléna. Dans un bruit d'impact organique, deux giclées de sang sortirent de son nez et de sa lèvre. Le coup avait envoyé la lèvre inférieur d'Héléna contre ses dents et provoqué une coupure à celle-ci.
''-Sale malade ! Je t'interdis de me frapper ! S'enerva Héléna un peu sonnée par ce coup.
-Alors retire ta candidature ! Cria t-il.
-Jamais ! Hurla Héléna toujours plus fort.''
Elle eût juste le temps de terminer de prononcer ce mot pour que le poing du bourreau ne vienne s'abattre contre sa tempe. Instantanément, elle tomba inconsciente, cette fois-ci pour de bon, plongée dans une sorte de sommeil paisible dont elle ne se réveillerait sûrement pas avant des heures.
Salut, voici la suite de mon histoire. Difficile de dire si elle vous plaît ou pas étant donné qu'il n'y a aucun commentaire. Donc bref j'espère que cette partie vous plaira.

Ps : Ce que je dis sur les routiers dans ce chapitre ne compte que pour mon histoire bien sûr, n'y voyez pas une critique ou quoi que ce soit de péjoratif.

Chapitre 4 : l'amie de ma sœur.

''-Bonjour, qu'est-ce que je vous sers ?''
Stacey était debout près d'une table, observant les clients qui scrutaient la carte du Freeway's Dinner.
''-Alors... je prendrais... euh, dit l'un des clients en prenant tout son temps, des... des œufs au plat avec... euh... un café.''
Stacey nota la commande sur son calepin et leva à nouveau les yeux en attente de la commande des deux autres clients.
''-Je pense que je vais prendre la même chose, dit un autre client.''
Stacey nota cette nouvelle commande sur son carnet par le simple ajout d'un ''x2'' derrière la précédente.
''-Et vous ? Demanda t-elle en regardant le dernier client qui n'avait toujours pas choisis.''
Il réfléchit un instant, plongé dans les pages du menu qu'il semblait décortiquer avec soin. Il tournait les pages d'une lenteur à l'épreuve de toute patiente. Stacey attendait sa réponse, tapant du pied par terre en même temps que ses camarades de tables affamés.
''-Je vais prendre une gaufrette au miel, dit-il en refermant le livret.''
Stacey nota la dernière commande et se pencha sur la table pour la débarrasser des livrets de menus des clients.
Elle ne put s'empêcher de remarquer que l'un des clients reluquait avec insistance le décolleté de sa chemisette de fonction. Elle s’efforça d'ignorer ce détail qui la gênait quand même beaucoup et attrapa le dernier menu avant de s'éloigner de la table pour aller transmettre les commandes.

Il fallut bien dix ou quinze minutes pour que les trois commandes soient prêtes. Stacey saisit une assiette avec la paume de sa main gauche, l'autre avec celle de sa main droite et la dernière qu'elle cala sur l'avant bras du même bras. Elle apporta les trois plats à la table qui les avait commandé, se penchant pour servir les trois clients. Le regard insistant du client au fond de la table se posait une fois de plus sur la paire de seins de Stacey qui croisa le regard du dit client. Les yeux pervers du client continuaient de fixer son décolleté malgré les regards insistants qu'elle lui lançait pour tenter de lui faire lâcher l'affaire. Finalement, elle se releva après avoir déposé toutes les assiettes devant chacun des commanditaires. Elle tourna les talons pour retourner au comptoir du dinner sans douter du fait que chacun de ces trois clients devait sûrement être entrain de mater son arrière train.

Ils avaient des dégaines de routiers, des hommes qui passaient des dizaines d'heures tous seuls sur la route dans un camion et qui se rinçaient l’œil deux ou trois fois par jour en profitant de ce que les serveuses avaient à montrer. Stacey était mal-à-l'aise à l'idée d'être observée comme ça et désirée. Dans des jours comme ça, tout ce qu'elle faisait, c'était prier pour que ces hommes finissent leurs plats au plus vite.

En attendant, Stacey se posait au bar en attendant sa prochaine sollicitation. Elle parlait généralement avec Juliette, l'autre serveuse qui, elle aussi, attendait qu'on ait besoin d'elle.
''-Les trois mecs là bas, dit-elle en pointant du doigts les clients qu'elle venait de servir, ils arrêtent pas de me mater, ils me mettent mal-à-l'aise.
-Tu veux que j'aille débarrasser leur table à ta place ? Proposa Juliette.
-Je ne sais pas, dit Stacey, je ne voudrais pas te mettre dans l’embarras.''
Elle et Stacey étaient devenues amies au cours de leurs heures de service en commun. Juliette, qui était serveuse au dinner depuis environ un an, avait été chargée de former Stacey et trouvait toujours un moyen de la conseiller ou de la réconforter sur ses inquiétudes.

À mesure que les deux serveuses discutaient au comptoir, les trois clients vidaient leur assiette petit à petit jusqu'à complètement avoir finit de manger. Stacey prit une grande inspiration, soutenue par Juliette, et s'avança en direction de la table de ceux-ci.
''-C'était bon ? Demanda t-elle, prononçant l'une des phrases pré-faite qu'elle était tenue de répéter après chaque commande.
-Très bon, répondit l'un d'entre eux en plaquant ses mains contre son ventre et en se calant contre le dossier de la banquette.
-C'était délicieux mais pas autant que la vue, dit le troisième en regardant sans gêne le décolleté de Stacey.''
Les trois hommes lâchèrent quelques rires avant de se tourner à nouveau vers Stacey.
Stacey fut parcourue par un frisson. Elle se contentait de rester silencieuse en attendant qu'ils se décident à payer.
''-C'est quoi ton p'tit nom ? Demanda t-il.''
Stacey rougit avant d'être complètement perdue et stressée.
''-Euh... vous n'avez pas à le savoir.''
L'un des clients plissa les yeux et fixa son badge des yeux.
''-Stacey ! S'exclama t-il. Tu t'appelles Stacey.
-C'est un joli nom, dit un autre.
-Vous comptez payer votre commande ? Demanda Stacey en rassemblant tout son sang froid.
-Mais on a tout notre temps ! Ma remorque est vide, j'ai plus rien à faire pour la journée, dit l'un pointant du doigt son camion sur le parking.''
Stacey se contentait de fixer la table en essayant le moins possible de croiser leurs regards.
''-Bon alors, comment vous comptez payer ? Dit Juliette en surgissant derrière Stacey pour lui sauver la mise.''
Les trois clients s'échangèrent des regards complices avant de relever à nouveau les yeux vers les serveuses.
''-On va rester pour prendre un café, dit l'un.
-Bon, je vous ramène trois cafés ? Demanda Juliette.
-S'il vous plaît, demanda le même.''
Juliette tourna les talons et saisit la main de Stacey pour la traîner jusqu'au comptoir.

''-Tu te débrouilles tellement bien, dit Stacey alors que sa collègue préparait les cafés.
-Il faut se montrer ferme et ne pas se laisser marcher sur les pieds. Contrôle la conversation au lieu de la laisser t'emmener quelque part où tu ne veux pas.
-J'ai perdu mon sang froid.
-T'inquiète pas, dit Juliette en posant sa main sur son épaule, on se lève pas le matin en s'attendant à tomber sur des gros lourds comme ça, alors je comprend que tu te sois laisser surprendre.''
Stacey soupira un coup pour se calmer.
''-Tu leur amène leurs cafés et tu gères, ok ?
-Ça marche, dit Stacey en saisissant les trois tasses.''

Elle s'approcha de la table des trois camionneurs et déposa une coupelle devant chacun d'entre eux. Elle posa chaque tasse dans la coupelle qui lui était destinée avant de déposer des morceaux de sucres à côté de celles-ci.
''-Voila pour vous, dit-elle d'un ton neutre.
-Merci, dirent-ils tous en même temps.''
Stacey se retourna et s'apprêtait à retourner au comptoir. Soudain, elle sentit quelque chose qui retenait l'arrière de sa jupe. Une main, c'était la main de l'un de ces pervers.
''-Mademoiselle, dit-il.''
Stacey arracha sa main de sa jupe.
''-Je ne vous permet pas de me toucher, dit-elle.
-C'est que nos assiettes sont toujours sur la table, dit-il, vous pourriez les débarrasser ?
-Pourquoi ? Pour que vous puissiez regarder mon décolleté ?
-Eh bien ce sont les risques du métier, dit un camionneur.
-Je débarrasserai quand vous serez partis, dit-elle en s'éloignant de la table.''

Elle retourna au comptoir où elle discuta à nouveau avec Juliette. Les quelques autres clients qui étaient jusque là à table quittèrent petit-à-petit le dinner, laissant Juliette et Stacey seules avec les trois camionneurs. Les deux serveuses remarquèrent ce changement, ce qui ne manquait pas de les inquiéter. En temps normal elles étaient aidées de Jeffrey, le gérant du dinner, mais aujourd'hui il n'était pas là et ne serait de retour qu'à midi, soit dans une heure en ce qui concernait la situation des deux serveuses.
''-Est-ce qu'on pourrait venir débarrasser notre vaisselle ? Dit un camionneur à travers la salle.''
Stacey et Juliette se regardèrent, inquiètes à l'idée d'y aller.
''-Staaaacey ! Cria l'un.''
Stacey fit les gros yeux et frissonna avant de sortir de derrière le comptoir.

Elle s'approcha de la table et saisit les assiettes des deux camionneurs qui étaient proches d'elle. Elle jeta un bref coup d’œil à la dernière assiette. Elle se pencha pour la récupérer. Jusque là ça allait, elle pouvait l'atteindre sans trop avoir à se pencher. Le bout de ses doigts effleura le bord de l'assiette mais le camionneur la poussait plus loin sur la table. Stacey laissa tomber et revint au comptoir avec les deux assiettes qu'elle avait réussi à récupérer.
''-Oooh allez reviens ! Dit l'un d'entre eux.''
Ils restèrent à leurs tables et rirent entre eux.

Il fallut bien quinze minutes avant qu'ils ne quittent l'établissement, pas sans quelques remarques irrespectueuses à l’égare de Juliette et Stacey. Jeffrey arriva à midi comme convenu et prit du service avec Stacey et Juliette pour assurer les commandes de la journée. Les samedis étaient toujours les jours les plus mouvementés et celui-ci ne faisait pas exception à la règle. Les filles étaient débordées par tous ces clients et ne s'en sortait que de justesse à chaque fois.

Elles restèrent jusqu'à 23 heures pour la fermeture du dinner après cette journée mouvementée. Alors qu'elles s'affairaient au rangement du restaurant, une grosse voiture bleue s'engagea dans l'entrée du parking presque vide, se garant près de la sortie. À l'intérieur, Miles coupait le contact et restait à l’affût de l'arrivée de Stacey, qu'il venait chercher, tout en écoutant la radio. Il la vit au loin, empilant des chaises, nettoyant des tables avant de disparaître, quelques minutes et de réapparaître dans une tenue différente et en compagnie de cette autre serveuse qu'il avait déjà rencontré l'autre fois. La lumière s'éteint dans tout le dinner, plongeant l'établissement dans le noir et ne laissant le rôle de l'éclairage qu'aux lampadaires du parking.

Stacey remarqua la voiture de Miles et se dirigea vers lui en compagnie de l'autre serveuse. Soudain, la porte du camion qui était stationné près du dinner depuis le début s'ouvrit et laissa descendre un homme qui se rapprocha de Stacey et de son amie. Venant de l'autre côté du camion, que Miles ne voyait pas, un autre homme coupa, lui aussi, le passage aux deux serveuses. Elles stoppèrent leur marche et semblaient même revenir lentement sur leurs pas.

Sans réfléchir, Miles ouvrit la portière de sa voiture et en descendit avant de se rendre d'un pas décidé vers le camion pour aider sa sœur. Quelques éclats de voix retentissaient indistinctement sur le parking, tantôt ceux des hommes et d'autres fois ceux des serveuses qui leur répondaient.
''-Excusez-moi y a un problème ? Demanda t-il sur un ton intimidant.''
Les deux hommes se retournèrent, surpris, et firent face à Miles.
''-Qu'est-ce que vous faites là ? Dit-il en affichant un visage sévère.''
Stacey ne put s'empêcher d'afficher un sourire en voyant que Miles lui sauvait la mise.
''-On ne faisait que discuter, dit l'un en regardant l'autre, de toutes façons qu'est-ce que ça peut te foutre ?
-Sache que si tu t'avises, ne serait-ce que de mal regarder ma sœur ou son amie, tu me trouveras sur ton chemin quoiqu'il arrive ! Dit-il sans même être sûr de faire le poids face aux deux routier si ça devait dégénérer.''
Les deux routiers lançaient des regards encore plus menaçants à Miles qui ne perdait pas son sang froid.
''-Bon venez on y va, lança t-il à Stacey et Juliette.''
Elles contournèrent les deux routiers et partirent avec Miles en direction de sa voiture. Les deux routiers les regardèrent s'éloigner et montèrent dans leur camion.

Stacey sauta dans les bras de Miles, jubilant sur place.
''-Merci merci merci merci merci ! Dit-elle.
-Wow, du calme, j'allais pas vous regarder vous faire harceler, dit-il pour justifier son geste en repoussant un peu Stacey.
-Merci beaucoup Miles, dit Juliette sur un ton plus solennel.''
Il s'installa au volant de sa voiture tandis que Stacey montait du côté passager. Juliette, elle, restait sur le parking d'où elle comptait repartir en prenant le bus de nuit.
''-Tu habites à San Francisco ? Lui demanda Miles.
-Oui, dit-elle.
-Monte, on te dépose, dit-il.
-Non merci, je voudrais pas te déranger, dit-elle timidement.
-Roh allez, pas de ça entre nous, dit Miles, monte.''
Elle céda et monta à l'arrière derrière Stacey.

https://youtu.be/lJ_LCy89Nt8

Tous les trois s'engagèrent sur l'autoroute en direction de San Francisco. Miles était concentré sur la route tandis que Stacey et Juliette discutaient sur leur ressentit à propos de ce qui venait de se passer tandis que l'autoradio diffusait en fond. Tout allait bien jusqu'à ce que Miles coupe la parole à Stacey, jusque là en plein monologue.
''-Ils nous suivent, dit-il en scrutant le rétroviseur.
-Quoi sérieux ?! S'étonna Stacey en regardant par la plage arrière.''
Juliette se retourna pour elle aussi constater qu'à une dizaine de mètres, un gros camion les filait.
''-On va les semer, dit Miles en réglant le levier de vitesse.
-Quoi ?! S'étonna Stacey.''
Elle eût à peine le temps de poser la question que Miles appuya contre la pédale d'accélérateur de toutes ses forces. La voiture accéléra d'un coup, le moteur rugissait de manière constante allant de plus en plus vers les aiguës. Les curseurs sur le tableau de bord s'emballaient, ne restant pas plus d'une seconde sur un chiffre de l'indicateur de vitesse.
''-Miles t'es malade ou quoi ? Demanda Stacey, peu rassurée.''
Miles continuait d'accélérer au dessus de la vitesse limitée, creusant l'écart entre eux et le camion. Il s'autorisait même à zigzaguer entre quelques voitures histoire d'éviter d'avoir à ralentir.
''-Miles arrête sérieux ! Criait Stacey en s'enfonçant dans son siège.''
A l'arrière, Juliette se contentait de regarder la route filer à toute vitesse comme si elle n'était pas vraiment dérangée par les manœuvres de Miles.
''-Miles arrête ! Hurla Stacey''
Miles décéléra jusqu'à retrouver une vitesse normale.
''-Ne refais plus jamais ça ! Dit Stacey en lui donnant une tape.
-C'est bon, c'est excitant, pas vrai ? Dit-il en se tournant vers Juliette.''
Juliette lui lança un sourire en levant le pouce vers le haut.
''-Bah tu vois Julia elle au moins elle sait s'amuser, dit-il.
-Juliette, le corrigea t-elle.
-Oups...''

Miles continua à rouler jusqu'à arriver au quartier de Lindenville où il vivait. Il s'arrêta devant leur appartement.
''-Qu'est-ce qu'on fait à la maison ? Demanda Stacey.
-Je te dépose en première, dit Miles.
-Et pourquoi ça ? Renchérit Stacey.
-Parce qu'une fois que j'ai fini de vous déposer, je pars travailler direct, expliqua t-il.
-Mais maman ne voulait pas que tu le fasses avec ta voit- commença t-elle.
-Oui oui oui bon bah je le fais quand même, la coupa t-il exaspéré.''
Stacey finit par descendre et dit au revoir à Juliette qui prit sa place à l'avant.

Un silence pesant s'installa dans la voiture. Miles était concentré sur sa conduite mais il ne voulait pas que Juliette se sente mal-à-l'aise.
''-Excuse-moi d'avoir roulé comme un fou tout à l'heure, dit-il.
-Non, y a pas de quoi, dit-elle avec un sourire. C'était cool.
-Ce serait bête avec une voiture comme celle-là de pas essayer de repousser les limites.
-Je comprend, dit-elle, après tout c'est un authentique V8 à en dire par le son qu'elle fait.
-Ouah, madame est connaisseuse, s'étonna Miles.
-J'ai un peu touché à la mécanique, c'est mon père qui m'a tout appris, expliqua t-elle, comme tout le monde je suppose.
-Ouais, dit Miles.
-C'est pas le genre de voiture qu'on voit tous les jours, dit-elle.
-C'est clair, dit Miles, c'est pour ça que je l'ai prise.
-T'as les moyens de te payer ça ? S'étonna Juliette.
-Non, pas trop. En faite quand je l'ai achetée elle coûtait 4 000 balles elle était toute rouillée, elle roulait à peine et puis elle avait une vieille peinture moutarde dégueulasse. Alors au fil des ans je lui ai rajouté des pièces, je l'ai retapée quoi, expliqua t-il.
-Tout seul ?
-Ouais, c'est peut-être un bolide haut de gamme mais j'ai pas besoin d'une équipe de compèt' pour l'entretenir. Mais assez parlé de moi, changea t-il de sujet, toi, tu travailles à temps plein au dinner ou tu fais autre chose à côté ?
-Moi ? Euh... je suis en école de droit, dit-elle.
-Ah ouais ! S'exclama Miles, pour faire quoi ?
-Avocate, dit-elle, comme tout le monde en droit je suppose.
-Donc ton kiffe c'est de te mettre sur la conscience le destin de quelqu'un ? Dit Miles.
-Non, dit-elle en souriant, j'ai juste envie de faire le bien. Défendre les intérêts des gens qui le méritent, etc...
-Ouais je comprend, dit Miles, donc toi t'es pas là pour magouiller ?
-Pas le moins du monde, dit-elle.
-Tu me défendrais comment si je me faisais pincer pour excès de vitesse.
-Eh bien je dirais au juge qu'avec un moteur de cette envergure le vrai crime serait de se limiter à 70, plaisanta t-elle.
-Bonne réponse, dit-Miles en souriant.''

La voiture s'enfonçait dans un quartier à mi-chemin entre le centre-ville et la côte. C'était la partie la plus habitée de San Francisco et aussi là où il avait le plus de chance de trouver des clients une fois qu'il aurait déposé Juliette. Miles s'engagea dans la rue correspondant aux indications données par celle-ci. Les numéros défilaient à mesure que la voiture avançait, se rapprochant de plus en plus de l'adresse que Juliette avait donné. Miles freina devant un bâtiment correspondant au numéro. C'était un bâtiment classique en briques rouges comprenant plusieurs fenêtres. C'était le genre d'immeuble tout compact, pris en sandwich par les deux autres l'encadrant. On devinait sans difficulté la petite taille des appartements à l'intérieur.
''-C'est ici, dit Juliette.
-Ouaw c'est là que tu vis ? Demanda Miles surpris.
-Ouais, dit Juliette, c'est tout ce que je peux me payer avec un salaire de serveuse à mi-temps.''
Elle prit son sac à main, sa veste et ouvrit la portière pour sortir de la voiture. Elle se pencha dans l'encadrement de la portière entre-ouverte.
''-Merci de nous avoir sauvé la mise ce soir, dit-elle.
-C'est normal, dit Miles.
-Non sérieux, sans toi, Stacey et moi on était finies, dit-elle avec un ton étonnement solennel.
-Mais c'est pas arrivé, dit Miles, essaye de penser à autre chose.
-Merci en tous cas, dit-elle avec un sourire timide.''
Miles lui renvoya son sourire et elle claqua la portière. Celui-ci se remit en route et commença sa soirée de chauffeur.

La soirée fut fructueuse, voyant les clients s'enchaîner sur la banquette arrière. Miles recevait quelques commentaires sur sa voiture qui changeait des critères habituels de l'application. Vers 3h du matin, la fatigue gagna Miles, qui décida d'en finir là pour ce soir là. Il gara sa voiture dans le garage de la maison et monta sans un bruit dans le salon où il mangea le plat que sa mère lui avait laissé comme après chaque soirée de service.

Miles se brossa les dents et fit tout ce qu'il avait à faire avant d'aller se coucher. Il se mit en direction de sa chambre et ne put s'empêcher de remarquer une lueur sous la porte de la chambre de Stacey. Il toqua tout doucement à la porte mais n'obtint aucune réponse, il poussa donc la poignée et entra dans la chambre. Stacey était allongée sur son lit, ordinateur sur les genoux, sûrement entrain de regarder une série ou quelque chose comme ça. Elle retira ses écouteurs en voyant Miles se rapprocher.
''-Qu'est-ce qu'il y a ? Chuchota t-elle.
-Je voulais parler de ce qui t'es arrivé ce soir, dit-il en s'asseyant au bord du lit.
-Merci de nous avoir sorties de là, dit Stacey.
-Je voulais savoir... est-ce que ça t'arrive souvent ce genre de choses quand tu travailles ?
-Euh...oui... enfin non, hésita t-elle.
-Stacey...
-C'est la première fois que ça va aussi loin, dit-elle.
-'aussi loin' ? Répéta t-il. Donc ça veut dire que ce genre de problèmes avec des clients t'es déjà arrivé ?
-Commence pas à avoir peur pour rien, des fois on tombe sur des clients relous mais c'est tout ! Se justifia t-elle.
-Et tu crois que je vais avoir l'esprit tranquille en sachant que ma sœur est l'objet de convoitise de tous les pervers de passage au dinner ?
-Et alors, qu'est-ce que je suis censée faire ? Démissionner ?
-Non je ne dis pas ça, dit Miles.
-Alors quoi ?
-C'est juste que... je m'inquiète pour toi, dit Miles sur un ton franc.
-T'as pas à t'inquiéter, dit-elle.
-Donc toi t'as envie que des mecs t'attendent à la sortie te suivent le soir jusqu'ici ?
-Pfff, c'est la première fois que ça arrive, dit-elle, et puis si tu veux vraiment m'éviter ça t'as qu'à venir me chercher en voiture plus souvent.''
Miles soupira. Il savait que Stacey ne lâcherait pas l'affaire, mais en même temps il voulait la sortir de ce genre de situation.
''-Stacey je dis ça pour ton bien, dit Miles.
-Oui merci mais ça me va très bien comme ça, dit-elle, j'ai pas besoin que toi, papa ou maman veniez vous mêler de ce qu'il se passe à mon travail.
-Papa ? Répéta t-il. Pff... il ne me croirait même pas. Quant à maman... elle serait effondrée de savoir dans quelles situations tu te mets.
-Raison de plus pour me laisser tranquille, dit Stacey.''
Miles quitta Stacey du regard quelques instants et soupira.
''-Très bien... dit Miles.''
Il se leva et sortit de la chambre alors que Stacey retournait à ses occupations.

Bzzzt bzzzt ! Bzzzt bzzzt !
Miles releva péniblement la tête de son oreiller. Le téléphone vibrait bruyamment contre sa table de nuit. Il se releva dans son lit et le saisit histoire de voir ce qui pouvait provoquer un boucan pareil. Le coin de l'écran indiquait 12:30 et le reste affichait le nom d'Héléna qui l'appelait. Miles prit quelques secondes pour bien se réveiller avant de finalement décrocher.
''-Allô ? Dit-il en collant le téléphone contre son oreille.
-Oui, Miles ? Dit le voix d'Héléna étonnement calme.
-Ah, Héléna... dit Miles sans trop d'enthousiasme à cause du lapin qu'elle lui avait posé quelques jours plus tôt.
-Écoute... je sais que j'étais pas là au rendez-vous de vendredi... mais j'ai eu... un problème, dit-elle.
-Un problème ? Répéta t-il sceptique.
-Je... c'est... ce n'est pas le genre de truc dont j'ai envie de parler, mais pour faire court, quelqu'un a essayé de m'intimider pour que j'abandonne ma campagne, dit-elle difficilement.''
Miles réfléchit un instant. Héléna avait vraiment l'air déstabilisée, elle qui était toujours pleine d'assurance. Il avait du mal à lui en vouloir désormais.
''-C'est un truc grave ? Demanda Miles.''
Elle ne répondit pas.
''-Héléna ?
-Non, ce n'est pas grave en soi, dit-elle. C'est un truc... ridicule, mais ça m'a marquée. Enfin bon, j'essaye de ne plus y penser.
-Ça te dirait qu'on se voit dans la semaine ? Proposa Miles.
-Je ne sais pas si je vais avoir le temps, dit Héléna hésitante.
-Bon... eh bien on se tient au courant, conclut Miles.''
Tous deux terminèrent leur discussion avant de raccrocher.

Héléna était étonnement froide ce jour-ci, comme si elle reprochait à Miles tout ce qui lui était arrivé vendredi soir. Celui-ci était un peu mal-à-l'aise, lui qui essayait d'être compatissant et de la rassurer tandis qu'elle passait son temps à décliner froidement son aide. Mais bon, après tout si elle voulait garder ça pour elle c'était elle que ça regardait.

Héléna resta assise un instant sur son lit, ne bougeant plus depuis la fin de l'appel. Elle venait de passer son samedi cloîtrée dans sa chambre et avait entamé son Dimanche de la même façon. Elle s'était réveillée dans la même ruelle où elle avait été enlevée. Heureusement, ses habits étaient intacts et toutes ses affaires étaient encore en sa possession. Elle avait malgré tout quelques douleurs sous les aisselles, sur les hanches et sentait comme des picotements persistants sous les plantes de ses pieds. Elle avait vécu la pire expérience de sa vie ce jour là. Elle avait tout raconté à Kim mais avait décidé de ne pas entrer dans les détails avec Miles.

Héléna se sentait souillée, comme si on s'était introduit dans son intimité. Elle savait qu'aux vues de ce qui arrive à certaines personnes elle s'en était plutôt bien sortie mais son calvaire avait cette dimension ridicule et gênante. Elle se sentait honteuse de se faire du mal pour de simples chatouilles. Des qu'elle y repensait elle sentait le sang se réchauffer dans ses veines, ses joues rougir et des frissons parcourir son dos.

Mais Héléna était une jeune femme forte qui, elle le savait, ne tarderait pas à se remettre de cette expérience. Désormais elle devait se concentrer sur ses études et redoubler d’effort pour sa campagne et elle espérait que son agresseur en ferait de même au lieu de tenter en vain d'intimider ses adversaires.

Le vendredi suivant : 20h30.

Miles était garé sur le parking du dinner, affairé avec le moteur de sa voiture. Le capot soulevé, il tentait de réparer une partie du moteur qui l'avait lâché. La radio à fond et sa caisse à outil près de lui, il s'affairait à essayer de comprendre la cause du dysfonctionnement de la voiture. Le moteur dans sa globalité était impeccable, chaque pièce était bien à sa place et dans un état presque neuf. Il ne voyait pas d'où pouvait venir la panne. Il semblait prêt à abandonner au bout de quelques minutes mais quelqu'un attira son attention derrière lui.
''-Hey, salut Miles, dit une voix féminine derrière lui.''
Il se retourna, un peu étonné et tomba nez-à-nez avec Juliette.

Celle-ci semblait s'être récemment changée, troquant son tablier et sa jupe de serveuse pour une veste en jean et un mini-short de la même matière. Ses cheveux bruns étaient retenus à la va-vite par une barrette mais cela donnait plutôt bien.
''-Salut Juliette, dit Miles, tu vas bien ?
-Ça va super et toi ? Répondit-elle.
-Ça peut aller, dit Miles. Stacey sort bientôt ?
-Elle ne devrait pas tarder, dit-elle en jetant un coup d’œil au restaurant.''
Juliette s'approcha du capot ouvert et commença à l'examiner.
''-Qu'est-ce que tu fais à ton moteur ? Demanda t-elle intriguée.
-Y a un truc qui va pas et je trouve pas ce que c'est, expliqua t-il.
-Un truc qui va pas ? Répéta Juliette pensive.
-Un grincement quand je la fais rouler, mais pourtant je ne vois aucun problème à première vue.''
Juliette s'accouda au capot histoire de jeter un coup d’œil plus précis. Elle hasarda une main sur le bord du compartiment du moteur, dont les doigts arboraient déjà des taches de graisse.
Miles se positionna à côté d'elle pour voir ce qu'elle pourrait éventuellement trouver au cours de sa fouille. Le bras de Juliette semblait s'enfoncer toujours plus profondément sous le moteur alors qu'on entendait sa main frotter contre les pièces.
''-T'as trouvé ? Demanda Miles.
-Je pense savoir ce que c'est, dit-elle en sortant son avant bras tout noir de sous le capot.''
Elle jeta un dernier coup d’œil au moteur avant de se relever et de se frotter les mains.
''-Je crois que ça vient du carburateur, conclut-elle.
-Qu'est-ce qu'il a mon carbu ? Il est en panne ? Demanda Miles.
-Je ne pense pas, dit-elle évasive. Tu l'entretiens souvent ?
-Qu'est-ce que t'entends par 'entretien' ? Dit-il un peu perdu.
-Le dégraisser, le laver, etc.
-Euh... pas vraiment, dit Miles.
-Sérieux ? C'est genre... la base, lâcha t-elle sur un ton taquin.
-Eh je savais pas, dit Miles.
-Dégraisse le et passe un coup de jet à l'intérieur et ça devrait aller, lui conseilla t-elle.
-Ok, ça marche, acquiesça Miles, merci.''

Miles sortit un torchon du coffre avec lequel il nettoya ses mains des saletés du moteur avant de le passer à Juliette pour qu'elle puisse en faire de même.
Tous deux s'installèrent à l'avant de la voiture, scrutant le dinner en attente de Stacey.
Celle-ci ne tardait pas à arriver, traversant tout le parking sous le regard de son frère et de son amie.
Elle prit place à l'arrière et Miles les conduisit sur l'autoroute. Il ne tarda pas à ramener Juliette chez-elle avant de continuer en direction de la maison avec Stacey.
''-Bon alors il se passe quoi ? Demanda t-elle soudainement.
-Hein ?
-Entre toi et Juliette, dit-elle.
-Pardon ?! Il se passe rien du tout, nia Miles.
-Arrête un peu, tu crois que je le vois pas ? Persista Stacey. Y a un truc entre vous.
-Le 'truc' entre nous c'est qu'elle est sympas et qu'elle s'y connaît en mécanique.
-Mouais, dit Stacey.
-T'es vraiment une peste.
-Je suis juste perspicace, dit-elle, je vois ce qui est évident et ça, ça crève les yeux.
-Pfff... soupira t-il.''

Miles ouvrit la porte de l'appartement. Dans le salon, il n'y avait que leur mère qui était à table entourée de deux assiettes au contenu probablement froid.
''-Où est papa ? Demanda Miles.
-Voyage d'affaire, répondit-elle sèchement.''
Frère et sœur se lavèrent les mains avant de se mettre à table avec leur mère. Ils commencèrent tous à manger dans un silence gênant. Stacey et Miles se lançaient des regards en essayant de deviner lequel d'eux deux se ferait engueuler.
''-Miles, tu peux m'expliquer ce qui est arrivé à ma voiture ? Dit la mère, brisant le silence.''

Oups... Miles avait essayé de garder le silence toute la semaine. Lors d'une course, il avait eu un accrochage avec le break de sa mère. Il attendait juste sa prochaine paye pour avoir assez d'argent pour l'amener en réparation mais c'était sans compter sur la vérification hebdomadaire de sa mère.
''-Tu as vu l'état du pare-choc ?! S'énerva t-elle.
-Maman je peux tout t'expliquer, dit Miles.
-Il n'y a rien à expliquer ! C'est la troisième fois cette année que tu me la ramènes abîmée.
-C'est la dernière fois je te le prom- commença t-il.
-La dernière fois ça devait déjà être la dernière fois, le coupa t-elle.''
Miles prit quelques secondes pour comprendre cette phrase et renchérit :
''-D'accord, alors je prend la mienne.
-Il est hors de question que tu prennes ta voiture pour ça, on en a déjà parlé.
-C'est ma voiture, dit Miles.
-Tu sais quoi ? Fais ce que tu veux ! Mais quand tu te la seras fait voler ou que t'auras un accident avec il faudra pas venir t'en plaindre.''
Le dîner avait de nouveau replongé dans un silence gênant où seuls les bruits de couverts retentissaient.
Tous finirent par débarrasser la table avant d'aller chacun vaquer à une occupation.

Miles se sentait à la fois soulagé de pouvoir utiliser sa voiture pour son job, mais en même temps préoccupé par la désapprobation de sa mère à ce propos. Lui qui, habituellement n'était soutenu que par sa mère, venait de se la mettre à dos. Il espérait au moins que ça lui passerait d'ici quelques jours. D'ici là, autant profiter de sa voiture pour réaliser un maximum de courses.
Ne t'inquiète pas, l'histoire est vraiment super, j'aimerais bien une suite (si la victime peut avoir des collants ou des bas ça serait sympa). J'ai aucun reproche à faire, c'est agréable à lire, pas de fautes à première vue. Bravo et bonne rédaction si tu fais une suite
Merci pour ton retour, la suite arrive
Zodiac, désolé de te cela de manière aussi abrupte, mais une suite pour cette histoire est-elle prévue ? Étant donné la qualité qui en ressort, il serait vraiment dommage que ça ne soit pas le cas !
En tout cas quelque soit ta décision, te connaissant tu vas continuer d'écrire et vu le niveau je ne me fais pas de souci :xp:
Merci pour ton retour ça me fait plaisir 😊. J'ai actuellement écrit environ 80% de ma suite elle ne devrait pas tarder à arriver. Je n'avais pas vu le temps passer depuis le dernier chapitre alors je me pressais pas trop masi promis je m'y remet
Bonjour/soir, voici la suite de mon histoire. Je corrige les fautes plus tard bonne lecture.

Chapitre 5 : Un rendez-vous mérité.

''-Allô ? Miles ? Demanda Héléna en plaquant son téléphone contre son oreille.
-Salut Héléna, dit Miles au bout du fil, j'espère que tu vas bien.
-Je vais bien et toi ? Renchérit Héléna.
-Ça va super, dit Miles. Je me disais... qu'on pourrait se voir... pourquoi pas euh... mercredi soir ?
-Ah... grogna t-elle, je suis désolée mais je vais être surchargée de travail cette semaine et je n'ai pas une seule seconde à perdre.
-Ouais... je comprend. Autrement tu seras disponible ce week-end ? Se rattrapa t-il.
-Ce ne sera pas non plus possible je suis vraiment désolée, mais ce week-end je vais devoir rester exceptionnellement à la fac.
-Ah... je comprend.''

Cela faisait plusieurs semaines que Miles essayait de décrocher un rendez-vous avec Héléna, mais elle trouvait toujours une excuse pour le décliner ou le décaler. Il y avait cette impression, dans le ton de ses paroles, qu'à ses yeux, un rendez-vous avec Miles était moins important que ses cours et sa campagne. Du coup Miles se contentait de sortir seul ou avec Stacey quand celle-ci avait le temps. Il lui manquait un ami, quelqu'un avec qui passer du temps, quelqu'un à appeler sans qu'on lui sorte l'excuse du travail pour tourner court à la conversation.

Miles et sa famille venaient de Grande-Bretagne et s'étaient installés à San Francisco il y a environ un an lors de la mutation de son père. Tous ses amis étaient donc restés là bas et Miles avait bien du mal à s'en faire de nouveau, lui qui ne fréquentait aucune école où il pourrait rencontrer des gens. Il s'estimait déjà chanceux d'avoir rencontré Héléna mais dans ces moments où elle était indisponible il lui manquait quelqu'un avec qui traîner.

Alors il conduisait pour passer le temps, transportant ses clients d'un point A à un point B. Ce jour-ci, il devait récupérer un client qui cherchait à aller à Stanford. Plus il avançait dans le quartier où il devait récupérer son client, plus ce coin lui semblait familier. Mais oui ! Son client était sûrement ce type qu'il avait déjà déposé et qui se présentait contre Héléna dans sa campagne. Il ne se souvenait pas de son nom mais ça ne tarderait pas à lui revenir.

Miles l'aperçu au pied de son immeuble, portant tout un tas de prospectus. Miles ralentit devant lui et se pencha sur le siège passager pour lui ouvrir la porte. Il s'installa sur le siège passager et fut surpris de reconnaître Miles qui l'avait déjà déposé par le passé.
''-Eh mais on se connaît, dit-il.
-Ouais je t'ai déjà déposé à Stanford non ? Demanda Miles.
-Ouais c'est ça, confirma t-il. C'est comment déjà ? Mike ? Miles ?
-Ouais c'est ça, dit Miles, et toi ? Je m'en souviens plus.
-Nathan.''
Il attacha sa ceinture et Miles se mit en route.

''-Alors comment ça se passe la campagne ? Demanda t-il.
-Bof, j'ai remonté la pente mais ça reste pas très glorieux.
-Comment ça ? Demanda Miles.
-Eh bien la concurrence est rude, dit Nathan. Je n'arrive pas vraiment à me faire connaître. Je n'ai qu'une heure par jour pour distribuer les prospectus, après il faut que j'aille travailler, me faire à manger, etc...
-T'as pas d'équipe de campagne ? Héléna en a une, dit Miles.
-Ah oui, Héléna... dit Nathan, elle est bien entourée elle. Moi j'ai personne avec qui gérer tout ça, je suis seul.''
Miles réfléchit un instant en regardant la route défiler devant lui.
''-J'ai peut-être une idée pour toi, dit-il avec un sourire.''

Trois heures de l'après-midi. Héléna était sur le campus, distribuant une fois de plus ses prospectus aux passants tout en scandant qu'elle ne se laisserait pas avoir. Elle, Kim et d'autres membres de son équipe de campagne bloquaient les passages importants de la cour où ils étaient stationnés et arrêtaient les passants en récitant les promesses de campagnes. Malgré ce qu'elle avait traversé Héléna était confiante. La plupart des passants lui montraient leur soutien et leur envie de voter pour elle.

Tout se passait bien en cet après-midi jusqu'à ce qu' Héléna aperçoive quelqu'un : Stan White ! Son adversaire principal, celui qu'elle soupçonnait d'avoir mi en œuvre toutes les tentatives de dissuasion qui lui tombaient dessus. Il était seul et semblait se rendre à un cours. Il croisa la route d'Héléna et celle-ci se dirigea immédiatement vers lui.
''-Argh ! Quoi ? Qu'est-ce que tu me veux encore ?! Dit-il en la remarquant.
-Je sais ce que tu as fait ! Dit-elle, tu n'es qu'un sale tricheur ! Un individu sans foi ni loi prêt à tout pour gagner !
-Putain mais lâche-moi ! J'ai rien fait !
-Sache que ce n'est pas comme ça qu'on gagne à Stanford, dit-elle, tu auras beau me faire tout ce que tu veux, tu me trouveras toujours entre toi et la place de président.
-Écoute moi bien sale folle, je n'ai rien à voir avec tes histoires d'intimidation et de vandalisme que tu racontes à tout le campus alors écarte toi de mon chemin avant que je-''

Stan fut coupé par un son non-loin. Un son rythmé et continu : de la musique. De plus en plus forte et de plus en plus proche. Avec cette musique retentissaient des paroles aussi.
''-Votez pour moi : Nathan Reynold ! Qui préférez-vous à la tête du département ? Des élèves populaires qui se disputent le sommet ou quelqu'un comme vous : moi ! Quelqu'un qui vous comprend.''
Stan et Héléna restèrent bouche bée côte-à-côte face à ce spectacle. Sur une route du campus juste à côté, avançait une voiture avec, assis sur la fenêtre de la portière du côté passager, ce Nathan qu'Héléna ne connaissait pas et qui semblait se présenter lui aussi. Il brandissait un mégaphone et criait ses promesses de campagne tout en lançant des prospectus aux badauds tandis que la voiture diffusait de la musique.
Cette voiture... Héléna la connaissait. Une Chevrolet Camaro bleue avec une bande blanche sur le capot : c'était la voiture de Miles !

Héléna se précipita en direction de la voiture, laissant Stan qui observait encore la scène. Elle avança, furieuse, vers la voiture et tapa au carreau de la porte du conducteur. La vitre s'abaissa lentement et elle découvrit Miles, au volant, le sourire aux lèvres.
''-Tiens, salut Héléna, dit-il.
-Miles ! Sérieusement ?! Dit-elle en suivant la voiture qui avançait lentement.
-Qu'est-ce qu'il y a ? Demanda t-il.
-T'es en train d'aider un de mes concurrents là ! Criait-elle en essayant de surpasser le bruit de la musique et du mégaphone.
-Quoi ?! Ça ?! C'est rien du tout, dit Miles. Vu le temps que tu passes à t'occuper de ta campagne c'est pas une petite pub pour un adversaire qui va mettre en péril ta candidature.''
Héléna s'apprêta à répliquer mais elle perdait le rythme de la voiture.
''-Alors c'est une vengeance ? Tu te venges parce que je ne suis pas sorti avec toi cette semaine ? Dit-elle en reprenant de l'avance sur la voiture.
-Mais non, pas du tout, nia Miles, ça fait partie du jeu, c'est de bonne guerre.''

Héléna restait plantée en plein milieu de la route, incompréhensive tandis que la voiture s'éloignait tout en continuant son brouhaha assourdissant. Elle retourna vers la cour où son équipe de campagne était postée et tomba sur Kim.
''-Tu connais ces types ? Demanda t-elle.
-Ouais, je connais l'un d'entre eux, dit Héléna.
-Tu penses qu'ils sont dangereux pour ta campagne ?
-Je n'en sais rien, peut-être. J'ai besoin de... repos pour le moment, dit Héléna complètement exténuée par cette journée éprouvante.''

Le reste de la semaine se déroula tranquillement, Nathan et Miles était un peu devenu comme des partenaires tant ils avaient sympathisé. Miles lui avait passé son numéro pour qu'il puisse le déposer quand il le voulait. De son côté, Héléna avait enfin cédé et avait accordé un rencard à Miles le vendredi soir à venir au Freeway's Dinner.

Miles débarqua sur le parking au volant de sa voiture. Il se trouva une place parmi les nombreux autres véhicules stationnés là. Miles se regarda vite fait dans le rétroviseur et se recoiffa avant de descendre de la voiture et de la verrouiller. Il avança en direction du dinner, zigzagant entre les différents véhicules garés. Le restaurant semblait étonnement remplit ce soir là. Pour la première fois, la taille stupidement grande du parking s'avérait utile. C'était un de ces grands soirs où la grande majorité du personnel était requise et où les commandes n'arrêtaient pas. Bien évidement Miles avait malgré tout fait en sorte que ce soit un soir où Stacey n'était pas assignée au dinner ce soir là histoire d'éviter qu'elle le ridiculise. Rien ne pourrait gâcher ce rendez-vous cette fois : aucun problème avec la campagne d'Héléna, aucune sœur trop gênante dans les parages et pas la moindre panne au niveau de la voiture. Miles le sentait, ça allait être bon ce soir.

Miles poussa la porte d'entrée du dinner. Instantanément des odeurs de friture, vapeur et grillades parvinrent à son nez. La température à l'intérieur du dinner était pesante, on ressentait contre sa peau comme le poids des odeurs qui changeait de la légère brise à l'extérieur. À première vue, toutes les tables étaient occupées par tout type de personnes qui dégustaient leur repas du soir. Au fond de la salle, le juke-box diffusait une musique qui plongeait dans l'ambiance des années que cet établissement essayait de recréer.

Miles balayait la salle du regard à la recherche d'Héléna, mais il était apparemment le premier arrivé. D'habitude lorsqu'il venait il prenait tout de suite une table, mais ce soir là il ne savait pas vraiment comment s'y prendre étant donné le manque de place. Il n'eût pas à y réfléchir longtemps puisque Juliette, comme sortie de nulle part, se présenta devant lui.
''-Salut ! Soupira t-elle, comme exténuée.
-Hey, salut, dit Miles, c'est blindé ce soir.
-Ouais on est surchargés c'est un peu galère, dommage que Stacey soit pas là pour nous aider ce soir. Enfin bref, tu veux une table ? Se reprit-elle.
-Ouais une table pour deux, dit Miles.''
Juliette haussa les sourcils, comme étonnée avant de lui indiquer de la suivre. Elle conduisit Miles jusqu'à une table fraîchement libérée par les anciens clients et sur laquelle gisait encore de la vaisselle sale. Juliette saisit couverts et assiettes en les plaçant stratégiquement dans ses mains et sur ses avant-bras avant de repartir en cuisine.

Miles regarda sa montre qui affichait bientôt 20h30. L'heure du rendez-vous venait de sonner et toujours aucune trace d'Héléna. Miles l'avait prévenue, il n'y aurait pas de deuxième fois et elle lui avait juré qu'il n'avait pas à s'en faire. Mais les doutes de Miles se révélèrent inutiles quand elle passa la porte du dinner. Héléna se tenait debout dans l'entrée et scrutait toute la salle à la recherche de Miles. Lorsque leurs regards se croisèrent, Héléna se faufila entre les tables en direction de celle de Miles. Celui-ci se leva et fit la bise à Héléna tout en lui demandant comment elle allait, etc.. , avant que tous deux ne s'asseyent.

Ils se regardèrent tous deux sans trop oser dire quoi que ce soit. Miles regardait Héléna, sa tenue, sa coiffure, tous les petits détails qui, même discrets et non-intentionnels, valaient la peine d'être vus. Allant de ses cheveux châtains attachés en une queue de chevale et laissant à l'air quelques mèches sur les bords de son front. En passant par son fin pull de tissus par dessus un t-shirt blanc, le tout surmontant un jean slim et des baskets blanches. Ses petits yeux soulignés par ses pommettes rougissantes et rebondies sous l'effet du sourire parcourant son visage. Son fin cou parsemé de très légères rougeurs témoignant d'un parfumage récent mais ne faisant malheureusement pas le poids face aux odeurs de friture du dinner.

''-C'est une sacrée affaire pour sortir avec toi ces temps-ci, lança Miles, tuant le silence régnant jusque là à leur table.
-J'ai été prise plus que jamais par ma campagne ces derniers temps, dit-elle, et puis ce n'est pas ta virée en voiture dans la fac avec mon concurrent qui va m'aider.
-Ah oui, qu'est-ce qu'on s'est marrés ce jour là, dit Miles en souriant.
-Parle pour toi, vous avez ruiné, dit Héléna. C'est qui déjà ce type ?
-Il s'appelle Nathan c'est un bon gars, dit Miles.
-Oui bah qui que ce soit, ça devient un adversaire sérieux que je ne perd pas de vue.
-Oublie un peu ta campagne, dit Miles, on est pas venus là pour que tu te prennes la tête.
-Oui c'est vrai tu as raison, dit Héléna.''

La seconde suivant ce dialogue, Juliette se présenta à la table avec deux exemplaires du menu qu'elle déposa devant Miles et Héléna. Elle jeta un regard intrigué vers Héléna avant que celle-ci ne le remarque. Juliette finit par tourner les talons en direction de la cuisine. Tous deux restaient quelques minutes devant leurs menus sans vraiment trop savoir que choisir. Héléna, qui avait déjà choisis, jetait un coup d’œil autour d'elle en attendant que Miles fasse son choix.
''-Comment tu as connu cet endroit ? Demanda Héléna intriguée.
-Ma sœur travaille ici à temps partiel, dit Miles.
-Ah ouais ? C'est laquelle ? Demanda Héléna en passant en revue les serveuses.
-Elle ne travaille pas ce soir, dit Miles. J'ai préféré éviter qu'elle soit là.
-Ah bon pourquoi ?
-Parce qu'elle est extrêmement gênante, dit Miles, comme pas possible.
-Oh je vois, dit Héléna, moi j'ai toujours rêvé d'avoir une sœur.
-Crois-moi t'as rien raté, dit Miles, les petites sœurs sont chiantes, surtout en grandissant.
-Tu dis ça parce que t'es un mec, dit Héléna, avoir une petite sœur pour moi ce serait comme avoir un petit frère pour toi. Je suis sûre que tu préférerais.
-Crois-moi je préfère ni frère ni sœur, dit Miles.
-Donc pour résumer, tu n'aimes pas ta sœur, dit Héléna taquine.
-Bien sûr que j'aime ma sœur, dit Miles en levant les yeux au ciel avec un sourire. C'est juste que sa présence créé des situations que j'aurais préféré ne pas vivre.
-Euh... par exemple ? Demanda Héléna intriguée.
-Elle me demande de la conduire partout, quand je suis avec elle dans la rue je vois très bien les mecs la mater dans tous les sens et puis la première fois qu'elle a eu ses problèmes de fille ma mère nous avait réunis tous les deux pour nous expliquer tout ça pendant une heure. La grande gêne...
-Ah donc t'es un grand frère irresponsable en fait, dit Héléna.
-Pas du tout c'est juste que-
-T'inquiète pas je plaisante, le coupa Héléna.
-Y a quand même du bon, si elle ne s'était pas s'inscrite à Stanford pour l'annéec prochaine je ne t'aurais pas rencontrée, dit-il sur un ton plus sérieux.''
Héléna lui renvoya son sourire.
''-Tu sais, ces dernières semaines je me suis rendu compte que-, commença t-il.
-Alors vous avez fait votre choix, l'interrompu Juliette sortie de nulle part.''
Héléna repris son menu et scruta des yeux le plat qu'elle avait choisis.
''-Je vais vous prendre la salade de la page 3, dit-elle après avoir refermé la carte.''
Juliette griffona sur son calepin et se tourna vers Miles.
''-Et toi ? Dit-elle.
-Euh... la crêpe au miel et au fromage, choisit Miles.
-Ça marche, dit Juliette en notant.''
Elle saisit les menus et repartit en cuisine pour soumettre les commandes.
''-Qu'est-ce que tu voulais me dire ? Demanda Héléna.
-Rien, c'est pas grave. Oublie.''

Juliette finit par revenir quelques minutes plus tard avec leurs assiette et une carafe d'eau. Héléna et Miles dégustèrent tout en discutant tranquillement à mesure que le dinner se vidait lentement de quelques clients. Miles appréciait ce moment. Jusque là il n'avait pu passer du temps avec Héléna qu'au téléphone ou lors de très brèves rencontres toujours écourtées par les problèmes universitaires d'Héléna. Cette fois-ci Héléna prenait le temps de le voir et ça lui faisait plaisir.

À la fin du diner Juliette revint à la table avec l'addition que Miles paya intégralement, pas sans quelques contestations d'Héléna. Tous deux embarquèrent dans la voiture de Miles et celui-ci conduisit sur l'autoroute en direction de San Francisco.
''-Alors qu'est-ce qu'on fait maintenant ? Demanda Héléna.
-Eh bien j'avais pensé à un truc, dit Miles. T'aimes les films ?
-Bah oui comme tout le monde, dit-elle.
-Ouvre la boîte à gant, dit Miles sans lâcher la route des yeux.''
Héléna abaissa le compartiment juste devant elle, révélant deux places de cinéma parmi tout un tas d'affaires entreposées ici par Miles.
''-Cool, on va voir quel film ? Demanda Héléna en saisissant les places.''
Elle retourna les tickets avant d'apercevoir le titre.
''-La vengeance des espions sérieusement ? Dit-elle sur un ton moqueur.
-Non fais pas attention à ça, dit Miles. Tu voudrais voir quel film en ce moment ?
-Eh bien y a A l'autre bout du monde qui m'intéresse, dit-elle.
-Ok ça marche, dit Miles.
-Tu as aussi des places pour ce film ? Demanda Héléna intriguée.
-Un ticket c'est juste un moyen de rentrer, dit Miles, une fois que t'es à l'intérieur le choix du film t'appartient.
-Attend... tu vas quand même pas frauder au cinéma ? Demanda t-elle.
-Je vois pas où est le problème, j'ai payé pour un film et je vais voir un film, dit Miles.
-En plus A l'autre bout du monde est un film en 3D, dit Héléna.
-Je vois toujours pas où est le problème, dit Miles en sortant deux paires de lunettes 3D du fond de la boîte à gant.
-On dirait que tu as pensé à tout, dit Héléna.''

Miles se gara dans le parking d'un cinéma en centre-ville dont Stacey lui avait parlé. Lui et Héléna descendirent de la voiture, une lunette chacun à la main, et se mirent en route vers l'entrée du cinéma. L'employé dans le hall d'entrée déchira la partie prédécoupée des tickets avant de leur indiquer la salle où se jouait La vengeance des espions. Miles lança un petit coup d’œil sur un écran dans l'entrée qui affichait les salle et horaire de chaque projection. Héléna et lui se dirigèrent vers la salle en question.

Ils poussèrent les lourdes portes menant sur la salle et arrivèrent dans une sorte de sas éclairé d'une lumière tamisée et où étaient entreposés des réhausseurs. La seconde porte menait sur la salle de cinéma presque intégralement sombre. Seul le long écran de toile et les voyants pour se repérer dans les escaliers faisaient tâche dans cette obscurité quasi-parfaite. Les bandes-annonces et pubs de début de séance avaient déjà commencées. Héléna et Miles se trouvèrent deux places à mi-hauteur sur la rangée du centre.

Une fois le quart d'heure de pub terminé, les logos de boîtes de productions s'affichèrent un à un sur l'écran. Tout le monde enfila ses lunettes et s'apprêta à apprécier le début du film. C'était un film d'aventure tout public avec des stars au sommet de la réussite à Hollywood, le genre de film que l'on voit souvent ces temps-ci. L'histoire était intéressante mais sans plus, le genre de film d'aventure un peu générique sans trop d'ambition. Il y avait de l'aventure, de la fantaisie, des têtes d'affiche, c'est tout ce dont le public à besoin.

Le film dura tout juste 2 heures. Miles et Héléna sortirent du cinéma, retrouvant une ville plongée sous un ciel sombre. Ils avaient ce sentiment étrange lorsque l'on est isolé quelques heures et que l'on retrouve l'extérieur sans l'avoir vu évoluer.
Tous deux regagnèrent la voiture et montèrent. Miles démarra et se mit en route.

Ils discutèrent un peu du film, des questions qu'il soulevait, des moments drôles, des acteurs, etc...
''-Il va falloir que je rentre, dit Héléna en regardant sa montre.
-Déjà ? S'étonna Miles. Il est 22h30.
-Je dois me lever tôt demain, j'ai beaucoup de travail à rendre pour la semaine, expliqua Héléna.''
Miles suivit les indication qu'elle lui donnait pour la ramener chez-elle. Plus il avançait, plus il s'enfonçait dans les beaux quartiers. De plus en plus de maisons individuelles défilaient sur les trottoirs, avec ça venaient des jardins, des belles voitures, etc.
Les numéros défilaient et s'approchaient de plus en plus du 173 où habitait Héléna. La voiture freina devant la propriété où les trois chiffres en questions étaient inscrits devant l'entrée.

La maison d'Héléna était une sorte de grande villa moderne au design épuré comprenant de nombreuses baies vitrées et des surfaces de bois lissé et de pierre. Entre la rue et la villa il y avait une longue allée en bitume entourée et suivie par un chemin de fleurs colorées qui marquaient la frontière entre la route et la végétation plus dense autour. La voiture restait dans la rue, devant le large portail alors que Miles coupait le contact.

''-Merci pour ce soir, dit Héléna avec un sourire, ça m'a vraiment permit de me changer les idées. J'en avais besoin.
-Y a pas de quoi, dit Miles. C'est dommage que tu rentres aussi tôt.
-Il le faut, dit soupira Héléna.''
Il y eût un petit silence durant lequel Héléna scruta en direction de chez-elle.
''-Où est-ce que tu m'aurais emmenée si je ne devais pas rentrer ? Demanda t-elle sur un ton plus enthousiaste.
-À un endroit magnifique, dit Miles. Quelque part d'où on peut voir toutes les villes aux alentours.
-Dommage que je manque ça... une autre fois peut-être.
-Ça marche, dit Miles.''
Héléna jeta un autre coup d'oeil à sa maison. Miles en fit de même pour savoir ce qui la préoccupait tant. À une fenêtre à l'étage, il y avait comme une silhouette qui les observait.
''-Je vais devoir y aller, dit Héléna.
-Bon... ok, dit Miles.''
Tous deux se firent la bise et Héléna descendit avant de se diriger vers le digicode du portail. Elle fit un petit coucou à Miles avant de passer la grille coulissante.

Miles restait quelques instants au volant sans rien faire. Cette faim de soirée avait comme un arrière-goût amer, une sorte de potentiel gâché. Miles était un peu déçu et frustré que cela se termine comme ça. Un simple au revoir et elle tournait les talons. Elle était encore à quelques mètres de lui et si il avait quelque chose à lui dire c'était le moment où jamais.

Miles ouvrit la porte de la voiture et la contourna avant de s'adresser à Héléna :
''-Eh, Héléna !''
Elle se retourna un peu surprise avant de revenir sur ses pas pour se retrouver face à Miles devant la voiture.
''-Je me demandais... euh... ça fait plusieurs fois qu'on se voit et ça commence à faire un petit moment qu'on se connait, dit-il.''
Héléna le voyait presque venir. Ce genre de phrase solennelle qu'il faut entamer avec des pincettes ne pouvait annoncer que quelque chose de gros.
''-Si on se connait aujourd'hui, c'est parce que tu as laissé ton numéro sur ma voiture, dit Miles.
-Euh... oui, dit Héléna sans trop en comprendre le but.
-Tu sais ces derniers temps je me demandais... si tu as fait ça, commença t-il, c'était dans ce but là ? Être simplement des bons amis qui se font une bouffe et qui vont au ciné avant de se dire un simple au revoir ou... autre chose ?
-Autre chose ? Demanda t-elle.
-Je veux dire euh... plus, s'expliqua Miles.''
Ils se regardèrent un moment. Miles avait peur de la réponse qu'elle pourrait donner. Héléna n'avait pas l'air d'être du genre à dévoiler ses sentiments et à s'y abandonner. Elle était plus du genre à faire passer ses études avant tout. Il ne voulait pas avoir gâché sa seule amitié à San Francisco.

''-Il est vrai que je n'ai pas fait ça sans avoir quelques idées en tête, dit-elle calmement. Au début c'était un simple coup de tête mais beaucoup de temps à passé et on a appris à se connaître. Mais j'ai toujours le même avis. La vraie question c'est est ce que toi tu veux plus ?''
Miles réfléchit un instant, déstabilisé. La question dont il appréhendait la réponse se retournait désormais contre lui. Il n'osa pas parler, se contentant de continuer à la regarder dans les yeux. La curiosité dans le regard d'Héléna se transforma vite en impatience. Miles sentait qu'elle ne resterait pas aussi ouverte longtemps alors il fit la chose qui lui parut la plus naturelle et la plus sincère.

D'un bras il saisit Héléna d'une main dans le dos avant de se rapprocher d'elle tout en l'attirant vers lui. Héléna se laissa d'abord surprendre avant de comprendre et de fermer les yeux en se rapprochant. Miles en fit de même et leurs deux visage se rapprochèrent jusqu'à entrer en contact. Leurs lèvres s'éffleurèrent d'abord avant que le mouvement de leurs têtes ne les forces à s'échanger un baiser plus intense. Héléna se laissa aller et plaqua ses mains contre les joues de Miles.

C'était étrange, depuis le temps que Miles la connaissait, il n'avait presque jamais touché Héléna. Elle se montrait toujours physiquement distante que ce soit volontaire ou non. Ce soir elle semblait comme lui laisser l'accès à une partie d'elle. Leur relation devenait palpable, il sentait sa petite carrure coller à la sienne plus forte. Il se permit de passer sa main dans ces beaux cheveux châtains qui lui faisaient de l'oeil depuis tout ce temps.

Tous deux décollèrent leurs lèvres avec un large sourire incontrôlable sur le visage. Ils étaient heureux de se savoir amoureux l'un de l'autre, partageant ce sentiment réciproque.
''-Ouah, dit Héléna bouche bée.
-J'étais pas sûr que tu ressentais ça pour moi, dit Miles.
-Bien sûr que c'est ce que je ressens, dit-elle, après tout c'est moi qui ai fait le premier pas.
-Alors on est ensemble ? Demanda Miles maladroitement.
-Ça en a tout l'air, dit Héléna avec un sourire. Tu sais quoi ? Je crois que je ne vais pas rentrer tout de suite finalement.
superbe j'ai hâte de lire la suite
Jolie histoire qui donne envie de voir la suite, j’ai hâte d’une seule chose c’est que la petite Stacey morde la poussière avec les camionneurs par exemple peut être qu’elle est extrêmement chatouilleuse sous les bras ? Pour une fois ☺️😁
Concernant Stacey ne t'inquiète pas elle aura le droit à une scène de chatouilles bientôt. Ce ne sera pas avec les routiers mais avec d'autres personnages cette fois-ci. L'histoire va prendre un tournant différent dans les chapitres qui arrivent.
Bonjour/soir, je poste un nouveau chapitre. Une scène de chatouilles ne devrait arriver d'ici le prochain chapitre. Enjoy

Chapitre 6 : Un pacte des plus dérangeant

C'était une journée plutôt bonne sur toute la Côte Ouest. Il faisait chaud, le soleil illuminait le ciel, vierge de tout nuage, de ses rayons éblouissants. C'était une journée à aller se baigner un jour comme ça. Tout le monde prenait sa serviette et son maillot et on se ruait vers la plage la plus proche pour s'y prélasser, s'y baigner. Enfin, tout le monde sauf Stacey. En ce début de vacances scolaires elle était bloquée au dinner où elle travaillait à temps plein étant donné qu'elle n'avait plus à se rendre au lycée. Elle et Juliette passaient de longues heures dans le dinner vidé de ses clients.

L'endroit était vide et calme, arborant des tables impeccablement dressées pour rien, des fenêtres proprement entretenues sans qu'aucun client ne soit là pour le remarquer et des réserves de nourriture qui ne serviraient à rien à ce rythme là. Seules les deux serveuses apportaient un peu de vie au lieu, discutant de tout et de rien en attendant la fin du service.
''-Dis-moi je me demandais un truc... commença Juliette en décrochant les yeux de son portable qu'elle consultait depuis un moment.
-Quoi ? Demanda Stacey toujours affairée sur son téléphone.
-Il y a une semaine j'étais de service et Miles est venu manger ici avec une fille, expliqua Juliette, tu... la connais ?
-Attend quoi ?! S'écria Stacey en lâchant son portable des yeux. Miles est venu ici avec une fille ?!
-Oui, dit Juliette.
-On parle bien d'un rencard là ? Demanda Stacey qui avait toujours du mal à y croire.
-Ouiii ! Dit Juliette exaspérée. Alors tu la connais pas ?
-Non, dit Stacey, mais j'ai hâte de rencontrer cette belle-soeur potentielle.''

Toutes deux se remirent à nouveau à porter toute leur attention à leurs portables. Stacey discutait avec une amie de son lycée et Juliette traînait sur Twitter, Instagram, etc, chacune y trouvait son compte.
''-Mais attend une minute, dit Stacey, pourquoi tu me poses la question ?
-Comme ça, pour savoir, dit Juliette.
-Hmm... soupira Stacey d'un air investigateur.''
Juliette se remit sur son téléphone, un peu gênée alors que Stacey en fit de même.

18 heures tapaient et les clients commencèrent à pointer le bout de leur nez au dinner. Juliette et Stacey se trouvaient rapidement de quoi s'occuper alors que Jeffrey, le proprio du restaurant, s'affairait en cuisine. Bien qu'active, cette soirée de service ne rentabilisait pas la journée de débauche qui l'avait précédée. Stacey et Juliette sortirent tout de même exténuées aux alentours de 22 heures. Comme d'habitude, une voiture bleue les attendait sur le parking.

Toutes deux se présentèrent à la fenêtre du conducteur alors que Miles écoutait la radio.
''-Eh chauffeur on est là, dit Stacey pour attirer son attention.''
Miles déverrouilla les portes ainsi, Stacey et Juliette s'installèrent respectivement du côté passager et sur la banquette arrière.
''-Alors cette journée ? Demanda Miles en entamant la marche arrière pour sortir du parking.
-Nulle, dit Stacey, on a rien eu à faire alors qu'il faisait super beau dehors.
-Dur dur. Moi je suis allé à la plage, dit-il.
-Ah ouais ? Avec qui ? Demanda Stacey intriguée par cette histoire de rencard dont lui avait parlé Juliette.
-Bah tout seul, dit Miles sans comprendre le sous-entendu dans le ton de sa sœur.''

Après plusieurs minutes à déambuler dans les rues de San Francisco, Miles déposa Juliette chez-elle avant de finir le trajet avec Stacey.
''-Bon... maintenant qu'on est seuls... dit-elle.
-Quoi ? Demanda Miles sans trop comprendre.
-Tu fréquentes une fille ? Dit-elle avec un large sourire aux lèvres.
-Quoi ?! Mais d'où tu sors ça toi ? Demanda Miles en jouant la confusion.
-Au dinner... vendredi dernier... tu as été aperçu avec une fille, dit Stacey.
-C'est Juliette qui te l'a dit ? Demanda t-il.
-Bingo, dit Stacey, alors comme ça tu es sur quelqu'un en ce moment hein ?
-Ouais et alors ça fait quoi ?
-Rien. Je suis juste heureuse de voir que mon frère est de nouveau dans la course, dit Stacey.
-Eh j'ai toujours été dans la course, dit Miles sans lâcher la route des yeux.
-Oh que non mon frérot, dit Stacey. Bon alors comment elle s'appelle ? Elle est belle ? Bien sûr. Tu l'as rencontrée comment ?''
Miles soupira.
''-Elle s'appelle Héléna.
-Ouah trop mignon, dit-elle en remarquant les joues rougissantes de Miles.
-On s'est rencontrés à Stanford quand je t'y ai accompagnée.
-J'étais là en plus ?! J'arrive pas à croire que j'ai râté ça ! S'étonna Stacey.
-Et si tu veux savoir : oui elle est belle, conclut Miles.''
La voiture arriva dans la rue où ils vivaient et Miles se gara dans le garage.
''-Il faudra que tu me la présentes, dit Stacey.
-Ouiiii, un jour si tu veux, dit Miles en retirant la clé du contract.''
Tous deux déscendirent de la voiture et prirent les escaliers en direction de chez eux.
''-Et tu en parles pas à papa et maman, chuchota Miles une fois arrivé devant la porte d'entrée.
-Noooon t'inquiète.''

Miles tourna la clé dans la serrure et laissa passer Stacey une fois la porte ouverte. Leur mère était affairée dans la cuisine, ajustant les derniers détails du repas de ce soir.
''-On est rentrés, annonça Stacey avant de filer vers sa chambre.''
Miles déposa ses clés dans l'entrée et se dirigea lui aussi vers sa chambre histoire de ranger les affaires qu'il avait sur lui.
Frère et sœur ressortirent ensuite de leurs chambres respectives lorsque leur mère les appelait à table.
Tous les trois s'installèrent et commencèrent à manger le repas fraichement préparé.

''-Alors ma petite Stacey c'était comment aujourd'hui ? Demanda t-elle en mélangeant la salade servie au milieu de la table.
-C'était chiant, dit Stacey après avoir avalé un verre entier d'eau.
-Eh surveille ton langage, dit la mère.
-Ce fut furieusement ennuyeux, dit-elle en exagérant son parlé, on a eu aucun client jusqu'à 18 heures et puis on a passé la journée entière dans la chaleur.
-Oh ma pauvre Stacey, dit la mère en servant son assiette, et toi Miles ?
-Rien de spécial aujourd'hui, dit-il.''
Stacey ne put s'empêcher de laisser s'échapper un court rire que Miles et leur mère remarquèrent.
''-Qu'est-ce qu'il y a ? Demanda la mère en se tournant vers Stacey pendant que Miles lui faisait signe de la fermer.
-Non rien, j'ai juste repensé à un truc, se rattrapa t-elle.
-Enfin bref, pourtant tu es bien sortit Miles cet après-midi ? Dit la mère en se reconcentrant sur la conversation.
-Oui mais bon j'ai juste fait quelques courses, rien de bien intéressant.''
Stacey ne put s'empêcher d'afficher un large sourire, manquant de recracher toute l'eau qu'elle venait de boire. Miles continua sa phrase comme si de rien était en tentant d'éviter que sa mère ne regarde Stacey tout en donnant un coup de pied sous la table à cette dernière. Elle cessa de rire et plaça ses mains contre son genoux en évitant de crier de douleur.

''-N'oublie pas que tu dois me rembourser les dégats à ma voiture, dit la mère sur un ton étonnement plus calme que la dernière fois qu'elle avait eu à aborder le sujet.
-Je n'ai pas cet argent pour l'instant, dit Miles, avec toutes les lois qui sont vôtées pour réglementer les chauffeurs comme moi, je vais me retrouver avec un salaire de misère.
-Tu as jusqu'à la semaine prochaine pour me rembourser autrement j'aurai des problèmes avec mon assurance. Tu m'as comprise ? Dit la mère.
-Oui... dit Miles.''

Tous les trois se mirent à la vaisselle une fois le repas finit et Miles et Stacey se ruèrent à nouveau vers leurs chambres. Stacey regardait une série sur son ordinateur tandis que Miles échangeait des messages avec Héléna.

Depuis ce soir où ils avaient rencardé, tous deux sortaient ensemble. Ce même soir, Miles l'avait amenée sur les montagnes culminant San Francisco où ils avaient pu passer une nuit en amoureux. Puis ils avaient été tous les deux à la plage en ce jour ensoleillé qui s'achevait justement et Miles comptait bien l'inviter à sortir le lendemain aussi.

Miles : [22 : 55] Demain ça te dirait qu'on fasse quelque chose ensemble ?
Héléna : [22 : 57] J'aimerais vraiment mais ces derniers temps j'ai passé beaucoup de temps avec toi et je dois me remettre au travail.
Miles : [22 : 57] Ah je vois...
Miles : [22 : 57] Et plus tard dans la semaine ?
Héléna : [22 : 59] Je sais pas je te dis plus tard.

Le lendemain matin, Miles fut réveillé par des vibrations sur sa table nuit. Il se retourna dans son lit et tendit le bras pour attraper son téléphone qui sonnait. L'écran affichait que le contact ''Nathan président'' l'appelait.
''-Oui allô ? Dit-il alors que sa voix, presque atrophiée, prononçait les premiers mots de la journée.''
-Ouais allô Miles, je te réveille ? Demanda Nathan à l'autre bout du fil.
-Euh... ouais mais c'est pas grave, dit Miles, pourquoi tu m'appelles ?
-J'aurais besoin de rentrer sur San Francisco, y aurait moyen que tu viennes me prendre à la fac ?
-Ok j'arrive, Miles.
-Bâtiment C, ajouta Nathan avant de raccrocher.''
L'appel se coupa et l'heure s'afficha en grand sur l'écran du téléphone. Miles n'en revenait pas, il avait dormi toute la journée alors qu'il pensait qu'il était midi au plus tard.
Finit les jeux vidéos aussi tard, pensa t-il.
Il se dirigea vers la salle de bain, prit sa douche et se brossa les dents avant de se rendre directement au garage.

Miles se présenta une trentaine de minutes plus tard devant Nathan qui l'attendait sur un trottoire devant le bâtiment du rendez-vous.
-Ça va ? Demanda Miles alors que Nathan montait à bord.
-Ouais ça va, dit Nathan, merci de me raccompagner. J'ai plus d'argent pour le bus.
-T'inquiète je t'ai pas donné mon numéro pour rien après tout, dit Miles en manoeuvrant pour avancer dans la fac.''
Miles s'engageait dans la voie principale qui menait à la sortie.

''-Comment ça se fait que t'as jamais la même voiture ? Demanda Nathan.
-Ah, c'est parce que l'autre voiture est à ma mère, dit Miles, mais je l'ai abimée, alors il faut que je rembourse les réparations, mais j'ai pas les thunes.
-Ah t'as des problèmes d'argent toi aussi ? Demanda Nathan.
-Pas vraiment mais... c'est que je dois la rembourser avant la semaine prochaine et ma paie tombe à la fin du mois.
-Ah dure, dit Nathan.
-J'essaierai de me débrouiller, dit Miles.
-Tu sais j'ai déjà eu des problèmes similaires notamment pour ma campagne, commença Nathan. Ces affiches que je distribue, j'étais seul à les financer et je me suis retrouvé dans la merde. Alors j'ai fait appel à... quelqu'un, plusieurs fois.
-Quelqu'un ? Demanda Miles.
-Ouais, c'est des gars qui m'ont dépané à temps et du moment que tu peux les rembourser, tout roule.
-Ça ressemble à la mafia dans les films ton truc, dit Miles.
-Ouais mais faut bien te sortir de la merde d'une manière où d'une autre non ? Dit Nathan. Ces mecs trainent souvent dans un restau du coin, je peux te les présenter si tu veux.
-T'aurais le temps maintenant ?
-Ouais, bien sûr il faudrait juste que je leur envoie un message et ils devraient être prêts à nous recevoir.
-Ok bah ça marche.''
Nathan saisit son téléphone pour envoyer son message tandis que celui de Miles se mit à vibrer sur le tableau de bord.

''-Allô ? Décrocha t-il.
-Ouais allô Miles, dit Héléna, t'es à la fac là ?
-Ouais comment tu sais ? Demanda Miles surpris.
-La localisation sur Snap, dit Héléna. Y aurait moyen que tu viennes me chercher ?
-Euh... ok t'es où là ?
-Bâtiment F, indica Héléna.
-Bon bah j'arrive, dit Miles avant de raccrocher.
-C'était qui ? Demanda Nathan alors que Miles reposait le téléphone.
-Héléna, elle veut que j'aille la chercher.
-Héléna Davis ? Ma rivale.
-Ouais, elle, dit Miles.
-Ça va être gênant.
-T'inquiète elle est sympas, le rassura Miles.
-Je dis pas le contraire, c'est juste... atypique.''

Miles s'arrêta devant le bâtiment où attendait Héléna. Celle-ci s'approcha de la voiture et ouvrait la porte du côté passager qui était la seule comuniquant avec le trottoir. Elle fut surprise de trouver Nathan à l'intérieur. Miles sortit de la voiture et s'approcha d'Héléna.
''-Euh Héléna, je te présente Nathan et Nathan, voici Héléna, dit Miles.
-Pas besoin de présentation, dit Héléna froidement, je me souviens de votre razzia sur la fac à tous les deux.
-Allez un peu d'enthousiasme, dit Miles, t'as peut-être ton futur président ou vice-président en face de toi.''
Héléna leva les yeux au ciel.

Miles poussa son siège vers l'avant pour qu'Héléna puisse monter à l'arrière avant de prendre place au volant.
Il roula une bonne dizaine de minutes avant que Nathan ne se manifeste.
''-C'est ici, dit-il en pointant du doigt une sortie située sur le côté de la route.''
C'était le Freeway's Dinner dont-il parlait.
''-Merde, dit Miles.
-Quoi ? Demanda Nathan. Y a un problème avec cet endroit ?
-C'est là que ma sœur travaille.
-T'inquiète pas c'est qu'une simple petite discussion, dit Nathan.
-Mais de quoi vous parlez au juste ?! Les coupa Héléna.''
Tous deux se retournèrent comme ayant oublié la présence d'Héléna.
''-Rien de spécial, dit Miles, on a juste une affaire à régler.''
Nathan et Miles descendirent de la voiture alors qu'Héléna poussait le siège du conducteur pour descendre.
''-Euh... ce serait mieux si tu restais ici, dit-il en passant la tête par la porte.''

Tous deux se dirigèrent vers le dinner au fond du parking. Il n'y avait pas beaucoup de voitures stationnées, cela voulait dire qu'il serait compliqué de se fondre dans la foule puisqu'il n'y en aurait pas. Nathan poussa la porte du dinner et entra en premier, suivit de Miles qui appréhendait un peu la situation.
''-Stresse pas, c'est pas des mauvais gars, dit Nathan en sentant l'appréhension de Miles
-C'est pas eux qui me font peur, c'est si ma sœur nous voit, dit-il.''
Pour l'instant il n'y avait toujours aucun signe de Stacey ou Juliette. Il y avait bien une serveuse à l'opposé de là où ils allaient mais Miles n'avait pas osé la regarder.
Nathan se dirigea vers le fond de la salle de restauration comme si il savait exactement où ils s'installaient tout le temps.
''-Là, dit-il, ils se mettent toujours près du juke-box.''

https://youtu.be/6FOUqQt3Kg0

Miles reconnu immédiatement les trois personnes dont-il parlait. C'étaient les trois hommes louches qu'il avait du conduire à un entrepôt un soir, c'étaient également avec eux qu'il avait faillit s'embrouiller au dinner et Juliette lui avait conseillé de s'en méfier.
Ce que lui racontait Nathan collait plus avec ce dont il avait eu l'impression au premier regard. Ces hommes étaient des hors le loi.
Nathan se présenta devant leur table et se racla la gorge comme pour annoncer sa présence.
''-Ah ! Nathan, c'est ça ? Demanda l'un en se levant.''
Nathan acquiesça et ils se serrèrent la main.
''-Qu'est-ce qui t'amène ici ? Demanda celui qui semblait être le chef.
-Mon ami, dit Nathan en se tournant vers Miles, il pourrait bien avoir besoin de vous.''
Le chef se tourna vers Miles et lui tendit la main.
''-Comment tu t'appelles ? Demanda t-il pendant qu'il l'empoignait.
-Miles, se présenta t-il.
-Prenez place, les invita un autre.''
Nathan laissa Miles s'installer au fond de la banquette et pris place après lui en face des 3 autres.

''-Bon alors pourquoi t'as besoin de nous Miles ? Demanda le chef.
-J'ai besoin d'argent, dit-il.
-Comme ce bon vieux Nathan, dit le chef en se tournant vers l'intéressé, est-ce que tu vas faire traîner ton remboursement comme lui toi aussi ?
-Je vous ai dit les mecs, je vous rend tout d'ici le 25, dit Nathan.
-Roh ! C'est bon on te charie, dit le chef en riant avec les autres, t'as pas atteint la date butoir.
-J'le savais les mecs, dit Nathan soulagé.
-Mais bon pour revenir à toi, dit le chef en se tournant vers Miles, de combien tu as besoin ?
-Il me faudrait 250 dollard, dit-il.
-250 dollars ? C'est dans nos cordes, dit le chef.
-Mais je suis pas encore sûr, ça va trop vite tout ça, dit Miles.
-Naturellement, tu as le temps de réfléchir, après tout c'est toi qui est dans la merde, pas nous, dit le chef.
-Bonsoir, puis-je prendre votre commande ? Demanda Juliette en se présentant au bout de la table.
Miles se tourna rapidement vers la fenêtre et colla sa main près de son visage.
''-Trois bières, annonça le chef.
Juliette nota avant de se tourner vers Nathan.
''-Je ne prend rien, merci, dit-il.''
Elle se tourna vers Miles.
''-Miles ? Dit-elle en le reconnaissant.
-Oh salut, dit-il en jouant la surprise.''
Juliette lui lança un regard interrogateur en constatant sa compagnie.
''-Je ne prend rien non-plus, dit-il.
-Ok... dit-elle surprise en tournant les talons.''
''-Une connaissance à toi ? Demanda le chef.
-Euh... ouais une connaissance... lointaine, dit Miles.

Juliette se dirigea vers le comptoir où Stacey attendait qu'on ait besoin d'elle.
''-Eh, Stacey, l'appela t-elle.
-Qu'est-ce qu'il y a ?
-Ton frère, dit-elle, il est là bas.
-Aussi tôt ? Demanda Stacey.
-C'est pas ça le problème, dit Juliette, il est à la table des mecs dont Jeffrey nous a dit de nous méfier, les gars bizarres et tout.
-Quoi ? T'es sûr que c'est Miles ? Demanda Stacey confuse.
-Oui, il m'a parlé et y a sa voiture sur le parking.''
Stacey jeta un coup d'oeil à l'extérieur et constata la voiture stationnée au fond.
''-Ok, laisse-moi m'occuper de leur commande, dit Stacey.
-Déconne pas, dit Juliette en la regardant s'éloigner.''

''-Bon Miles, on t'a laissé notre numéro et tu nous appelle quand t'as décidé, ça marche ? Dit le chef.
-Ça marche, dit Miles.''
Au dessus de l'épaule de l'un de ses interlocuteurs, il aperçu Stacey arriver au loin, un plateau à la main.
''-Voilà pour vous, dit-elle en servant les trois bières.
-Bon eh bien on va y aller, dit Miles en essayant de fuir la situation.
Il se leva et serra la main aux trois en face de lui.
-Tiens, Miles, dit Stacey en jouant la surprise.
-Mais tout le monde te connait ici ma parole, dit le chef en souriant.''
Miles haussa les épaules et repartit avec Nathan, suivit de près par Stacey.
''-Miles ! L'appela t-elle.''
Miles s'arrêta et traîna les talons jusqu'à elle.
''-Qu'est-ce que tu faisais avec ces mecs là ? Demanda t-elle sur un ton autoritaire.
-On ne faisait que discuter, dit Miles.
-C'est des mecs louches, tout le monde le sait ici, dit Stacey, arrête de traîner avec eux ou tu vas avoir des ennuis.
-Reste à ta place, dit Miles en tapant du doigts sur l'épaule de sa sœur.
-Ne me touche pas, dit-elle en virant sa main. Tu verras, ça va t'attirer des ennuis et à ce moment là faudra pas venir te plaindre.''
Miles ignora sa remarque de sortit du dinner en compagnie de Nathan.
''-Désolé que t'aies du assister à ça, dit Miles.
-T'inquiète, bientôt ce sera de l'histoire ancienne et t'auras plus aucun problème, dit Nathan.''

Tous deux remontèrent dans la voiture et Miles mit les clés dans le contact.
''-Alors c'était quoi votre affaire ? Demanda Héléna qui avait sagement attendu sur le siège arrière.
-Oh rien de spécial, dit Miles, ne t'inquiète pas.''
Miles prit la direction de San Francisco où il déposa d'abord Nathan avant d'arriver devant chez Héléna.

Tous deux descendirent de la voiture. Miles se rapprocha d'Héléna, prêt à l'embrasser.
''-Je ne vais pas trop avoir le temps de traîner ce soir, dit-elle.''
Miles ignora sa remarque et colla ses lèvres contre les siennes. Ils s'échangèrent quelques baisers succincts l'un dans les bras de l'autre.
''-Qu'est-ce que c'était que cette histoire au restaurant de ta sœur avec Nathan ? Demanda t-elle.
-Rien de spécial, ne t'inquiète pas.
-Mon mec et mon adversaire de campagne complotent tous les deux et je ne devrais pas m'inquiéter ? Dit-elle.
-Roh, sérieux Héléna, tout ne tourne pas autour de ta campagne, dit Miles, c'est rien de spécial je te dis.
-Ouais, c'est ça, dit-elle pas vraiment convaincue, il te faudra bien plus de talent que ça pour que tu me mentes et que je ne vois pas la vérité.''
Elle tourna les talons et rentra chez-elle.

Miles passa les quelques jours suivants à réfléchir au marché avec les ''contacts'' de Nathan. Il savait bien qu'il y avait quelque chose de louche dans tout ça mais il avait besoin de cet argent au plus vite. Après tout ils s'étaient montrés plutôt gentils et compréhensifs, contrairement aux clichés dans les films qui les montrent froids et intimidants. Et après tout il ne demandait que 250 dollars, avec tout l'argent qu'ils devaient brasser ça devait être une petite somme pour eux. Miles se sentait prêt à sauter le pas.

''-Allô ?
-Ouais allô c'est Miles, dit-il.
-Ah oui le mec du dinner ? Demanda l'homme à l'autre bout du fil.
-Ouais exact, dit Miles, j'ai pris ma décision : ça marche.
-Ah parfait, dit l'homme, rendez-vous au même dinner demain soir, ça te va ?
-Ce serait possible d'éviter le dinner ? Demanda Miles.
-Si c'est pas au dinner ce sera à un endroit nettement moins plaisant, expliqua l'homme au bout du fil.
-Peu importe, ça me va, dit Miles.
-Ok, c'est sur la route 101 à la sortie de la ville, pas loin du dinner tu cherches le 494. Un entrepôt avec parking. Viens à 22 heures.
-Ok, dit Miles.''

Miles fit chauffer le moteur le lendemain soir vers 21h20. Il emprunta la route habituelle qu'il prenait pour aller au dinner ou à la fac de Stanford. Cette fois-ci il adoptait une conduite plus lente et attentive, scruttant les bords de la route à la recherche de ce fameux entrepôt au 494 de la 101ème route. Bien qu'il se souvenait les avoir déposé ici lors de leur première rencontre, il avait un peu de mal à se repérer entre le Freeway's Dinner et la fac. Mais la recherche ne fut pas longue. Il y avait bel et bien un entrepôt sur le bord de la route. Miles s'engagea sur la sortie avant de garer sa voiture devant l'entrepôt où les trois hommes l'attendait à l'extérieur. Il coupa le contact et ouvrit la porte pour descendre.

''-Sacrée voiture, dit le chef alors qu'il s'approchait.''
Miles serra la main des trois hommes.
''-Donc tu sautes le pas, dit le chef.
-Ouais, dit Miles.
-Donc tu la reçois quand ta paie ? Demanda le chef.
-Le premier du mois prochain, dit Miles.
-Hmm... disons qu'on attend ton argent pour le 2 de ce même mois alors, dit le chef.''
Il lui tendit une liasse de billets que venait de lui remettre un de ses hommes.
''-Ok ça marche, dit Miles en souriant.
-Mais... ne crois pas qu'on est là pour déconner, dit le chef en attrapant le poignet de Miles qui s'apprêtait à saisir la liasse. On veut le remboursement à temps.
-Pas de souçis je serai la le 2, dit Miles un peu surpris.
-Allez file, dit le chef en retrouvant son sourire, et profites-en bien, quoi que tu fasses avec.''
Miles fit demi-tour et remonta dans sa voiture avant de la démarrer et de repartir sur l'autoroute.

Miles fut de retour chez lui en moins de deux. Une fois arrivé, il ne trouva que Stacey qui venait sûrement de rentrer, assise à table.
''-Maman n'est pas là ? Demanda t-il en posant ses clés de voiture dans l'entrée.
-Non, répondit froidement Stacey.''
Miles fit un petit tour par la cuisine ouverte afin de se laver les mains et il se prit une assiette avant de s'installer en face de Stacey. Il se servit et commença à manger.

Miles voulait lui parler mais il n'osait pas faire le premier pas.
''-Sta-
-Arrête, le coupa t-elle.
-Stacey je veux juste te parler, dit-il.
-Tu m'as pas écoutée quand je t'ai prévenu alors pourquoi je t'écouterais maintenant ?
-Je voulais m'excuser, dit Miles.
-Tu as toujours déçu tout le monde ici ! Dit-elle en ignorant ses excuses. Papa ! Maman ! Et moi je le voyais et j'ai toujours voulu croire en toi mais tu m'as fait la même chose ! Tu as trahis ma confiance.
-Mais j-
-Tu sais les espoirs qu'ils avaient mi en toi ? Dit-elle. Papa t'a tout donné ! Tu as eu l'occasion d'aller dans les écoles les plus prestigieuses sans avoir à te bouger. Mais moi, je me suis battue pour essayer d'avoir la même chose ! Pour avoir la confiance et le respect que papa n'a pas hésité à t'accorder. Tu ruines tous mes efforts pour réussir, tous les efforts de papa et maman pour qu'on soit une belle famille. Et le pire c'est que même une fois que tu as touché le fond tu trouves le moyen de creuser un peu plus en traînant avec ton parrain à deux balles.

Miles resta silencieux, assis à sa place, une assiette à peine entamée devant lui. Il ne savait pas que Stacey avait tout ça sur le cœur. À première vue ça aurait pu passer pour de la jalousie mais en fait c'était de la déception. Depuis qu'ils s'étaient installés à San Francisco, Miles ne faisait pas grand chose de sa vie, s'enlisant dans un quotidien amer et répétitif qu'il affrontait tout seul. Il avait oublié à quel point les membres de sa famille pouvaient être concernés par ses échecs ou ses réussites. Son père absent et sa distance récente avec sa mère ne laissaient plus que Stacey comme témoin de ses agissements et c'était très mauvais de lui mettre ça sur la conscience en cette année décisive de terminale.

Miles passa la soirée seul, mangeant en silence et cogitant dans sa chambre une bonne partie de la nuit. Il décida que sa première erreur serait la dernière. Certe il avait toujours l'argent des trois hommes mais une fois qu'il les aurait remboursé ç'en serait terminé de ce genre de plan.